La mammographie reste un examen essentiel du dépistage du cancer du sein, mais son efficacité peut être réduite chez les femmes dont le tissu mammaire est particulièrement dense. Une vaste étude allemande montre que l’ajout d’une échographie permet de détecter davantage de tumeurs, tout en soulevant une question importante : faut-il adapter le dépistage à la densité des seins plutôt que proposer les mêmes examens à toutes les femmes ?
Une mammographie jugée normale ne signifie pas toujours qu’aucune tumeur n’est présente. Chez certaines femmes, la composition même du sein peut rendre des lésions difficiles à distinguer sur les images radiologiques. Cette limite est particulièrement importante lorsque les seins contiennent une forte proportion de tissu glandulaire et fibreux, une caractéristique appelée densité mammaire.
Contrairement à une idée répandue, cette densité n’a rien à voir avec la taille ou la fermeté des seins. Elle ne peut pas être déterminée simplement par la palpation, mais s’évalue à partir des images mammographiques. Les tissus denses apparaissent en blanc sur les clichés, tout comme de nombreuses anomalies suspectes, ce qui peut masquer certaines tumeurs.
Pour mesurer l’intérêt d’un examen complémentaire, des chercheurs allemands ont étudié les données de 63 870 femmes présentant une densité mammaire particulièrement élevée. Réalisée dans le cadre du programme organisé de dépistage en Allemagne, cette recherche, publiée en mai 2026 dans la revue scientifique Cancers, a comparé les résultats de la mammographie seule à ceux de la mammographie associée à une échographie.
Les résultats montrent que l’association des deux examens a permis de détecter 10,7 cancers pour 1 000 femmes examinées, contre 7,2 pour 1 000 avec la mammographie seule. Autrement dit, l’échographie complémentaire était associée à la découverte d’environ trois à quatre cancers supplémentaires pour 1 000 femmes dépistées.
Cette amélioration n’est pas négligeable, car la densité mammaire constitue un double enjeu. Elle peut masquer certaines lésions à la mammographie, mais elle est également reconnue comme un facteur de risque indépendant de cancer du sein. Les femmes concernées peuvent donc présenter un risque plus élevé tout en bénéficiant d’un examen dont la capacité de détection est réduite.
L’échographie offre un avantage dans ces situations, puisqu’elle utilise des ultrasons et permet d’examiner les tissus mammaires autrement que par les rayons X. Elle peut ainsi révéler certaines anomalies qui ne sont pas visibles sur la mammographie. Toutefois, elle ne constitue pas un remplacement de cet examen, mais un éventuel complément chez des patientes sélectionnées.
L’étude allemande met également en évidence les limites de cette approche. Les femmes ayant bénéficié d’une échographie supplémentaire ont été plus souvent rappelées pour des examens complémentaires, et le taux de biopsies a atteint 3,2 %, contre 1,5 % dans le groupe ayant réalisé uniquement une mammographie. Certaines investigations supplémentaires peuvent ainsi concerner des anomalies qui se révèlent finalement bénignes.
Surtout, les chercheurs soulignent qu’il reste à déterminer si cette détection accrue se traduit, à long terme, par une diminution des cancers diagnostiqués entre deux dépistages, des formes avancées ou de la mortalité. L’étude n’était pas randomisée et ne permet pas encore de répondre à ces questions.
Ces résultats plaident donc pour une approche personnalisée du dépistage, tenant compte non seulement de la densité mammaire, mais aussi de l’âge, des antécédents familiaux et du niveau de risque individuel. Selon les situations, d’autres examens, notamment l’imagerie par résonance magnétique (IRM), peuvent également être envisagés.
Pour les femmes, l’intérêt pratique est de mieux comprendre les informations figurant sur leur compte rendu de mammographie. Une densité mammaire élevée ne signifie pas qu’un cancer est présent, mais elle peut justifier une discussion avec le radiologue ou le médecin sur les limites de l’examen et l’utilité éventuelle d’une imagerie complémentaire.
L’enjeu n’est donc pas de multiplier systématiquement les examens, mais de mieux identifier les femmes pour lesquelles une mammographie seule pourrait être insuffisante. Une évolution qui pourrait conduire, à terme, à des stratégies de dépistage davantage adaptées au profil de chaque patiente.
Ouiza Lataman
