Solitude : vivre entouré ne suffit pas toujours à protéger sa santé

On peut vivre seul sans souffrir de solitude, tout comme on peut être entouré de proches et éprouver un profond sentiment d’isolement. Cette distinction, souvent négligée, pourrait avoir des conséquences importantes sur la santé. Une vaste étude britannique montre que la solitude ressentie et l’isolement social sont associés à une réduction du nombre d’années vécues sans maladie chronique. Plus surprenant encore, de bonnes habitudes de vie ne semblent pas atténuer de la même manière les effets associés à ces deux situations.

Entretenir des relations sociales régulières ne garantit pas nécessairement de se sentir entouré. Pour certaines personnes, le manque de liens humains constitue une réalité quotidienne, tandis que d’autres éprouvent un sentiment de solitude malgré la présence de leur famille, de leurs collègues ou de leurs amis. C’est précisément cette différence que des chercheurs ont cherché à explorer en étudiant les relations entre la vie sociale et la santé à long terme.

Publiée en août 2026 dans la revue scientifique Nature Communications, leur étude a porté sur 277 489 adultes britanniques, suivis pendant environ quatorze ans. Les chercheurs ont évalué la solitude ressentie et l’isolement social, puis examiné leur association avec l’apparition de plusieurs maladies chroniques, notamment les affections cardiovasculaires, le diabète et les troubles de santé mentale.

Les résultats montrent que les personnes cumulant solitude ressentie et isolement social présentent une espérance de vie sans maladie plus courte que celles ne connaissant aucune de ces deux situations. À partir de 50 ans, les femmes concernées perdaient, selon les estimations statistiques, 2,4 années de vie sans maladie physique majeure, contre 1,7 année chez les hommes.

Les différences étaient encore plus marquées concernant la santé mentale. Les chercheurs ont estimé que les hommes cumulant solitude et isolement vivaient en moyenne 5,8 années de moins sans dépression ni anxiété, contre 3,7 années chez les femmes. Ces chiffres ne correspondent toutefois pas à des années de vie perdues, mais à des différences dans la durée de vie estimée sans les maladies étudiées.

L’un des enseignements les plus intéressants concerne le rôle des habitudes de vie. L’activité physique, une alimentation équilibrée et l’absence de tabagisme semblaient atténuer certaines associations entre l’isolement social et les problèmes de santé. En revanche, les chercheurs n’ont pas retrouvé d’effet protecteur aussi clairement établi concernant la solitude ressentie.

Cette observation suggère que le sentiment durable de solitude pourrait représenter une dimension particulière de la santé, qui ne se résume ni au nombre de contacts sociaux ni aux comportements individuels. Elle ne permet cependant pas d’affirmer que la solitude provoque directement les maladies observées.

L’étude reste en effet observationnelle, et plusieurs facteurs peuvent intervenir dans ces relations, notamment les conditions économiques, l’état de santé initial ou les difficultés psychologiques. Les résultats concernent par ailleurs une population britannique et ne peuvent être automatiquement généralisés à tous les pays.

Pour les spécialistes, ces travaux renforcent néanmoins l’intérêt de mieux prendre en compte la qualité des relations sociales dans l’évaluation du bien-être et de la santé. Une personne qui vit seule n’a pas nécessairement besoin de multiplier ses contacts, tandis qu’une autre, pourtant entourée, peut éprouver un manque profond de relations satisfaisantes.

Au-delà de la fréquence des rencontres et des échanges, c’est donc aussi la manière dont chacun vit ses relations avec les autres qui mérite l’attention. L’étude rappelle ainsi qu’une vie sociale apparemment active ne protège pas toujours du sentiment de solitude, et que cette souffrance, parfois invisible, mérite d’être reconnue comme une question de santé publique.

Amina Azoune

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