Tuberculose: Le Dr Rachid Chahed rappelle les enjeux d’une lutte toujours d’actualité

A l’occasion de la Journée mondiale de la tuberculose, célébrée chaque 24 mars, le Dr Rachid Chahed, pneumologue libéral à Tizi Ouzou revient, au micro d’Esseha, sur une maladie qui continue de peser lourdement sur la santé publique. Il rappelle d’emblée que cette date n’a rien d’anodin : « La date du 24 mars coïncide avec la découverte en 1882, par Robert Koch du bacille tuberculeux ». Une avancée majeure qui a ouvert la voie à la compréhension et à la prise en charge de cette pathologie.
Malgré les progrès médicaux, la tuberculose reste aujourd’hui un véritable fléau àl’échelle mondiale. « 10 millions de personnes sont infectées par la maladie avec plus d’un million de décès par an », souligne-t-il. Mais au-delà de ces chiffres déjà préoccupants, un autre constat interpelle davantage : « un quart de la population mondiale héberge le bacille tuberculeux sans en être malade ». Une forme latente qui complique la stratégie de lutte contre la maladie.
En Algérie, la situation s’est améliorée, mais la vigilance reste de mise : « La tuberculose a nettement régressé, cependant, elle demeure un problème de santé publique », précise le spécialiste. Chaque année, environ 18000 cas sont enregistrés. Fait notable, la répartition des formes a évolué : « Nous avons plus de tuberculoses extra-pulmonaires que de tuberculoses pulmonaires ». Toutefois, il insiste sur un point essentiel : « Les tuberculoses contagieuses, ce sont les tuberculoses à microscopie positive pulmonaire », contrairement aux formes extra-pulmonaires qui « ne contaminent pas, en général ».
Le Dr Chahed insiste longuement sur l’importance du dépistage précoce. Certains signes doivent alerter sans tarder : « Une toux notamment grasse qui dure plus de deux semaines à trois semaines », notamment lorsqu’elle s’accompagne de crachats ou de sang, doit immédiatement faire penser à la tuberculose. A cela s’ajoutent « une fièvre pas très élevée, un amaigrissement et des sueurs nocturnes ». Dans ce cas, il est impératif de consulter rapidement. « Ces signes doivent nous inciter à consulter et à faire rapidement une radiographie thoracique », explique-t-il.
Le diagnostic repose ensuite sur des examens précis : « Le diagnostic n’est porté que si l’on fait des bacilloscopies », c’est-à-dire l’examen des crachats pour identifier le germe. Un diagnostic précoce permet non seulement de mieux traiter le patient, mais aussi de protéger l’entourage. « Plus un patient est dans la collectivité et plus il va contaminer les autres », avertit-il.
Au-delà des traitements des cas actifs, de nouvelles stratégies sont mises en place. « Traiter uniquement les sources d’infection, c’est-à-dire les tuberculoses à microscopie positive, n’est pas suffisant », rappelle le pneumologue. C’est pourquoi les autorités sanitaires mondiales ciblent les formes latentes, notamment chez les personnes à risque : « chez les moins de 5 ans exposés, les patients dialysés, les patients sous biothérapie notamment les anti-tnf, les patients silicotiques, les patients qui doivent être greffés ou les greffés de moelle en hématologie et ceux atteints de VIH ». Une approche qui s’inscrit dans l’objectif fixé par l’OMS : « éradiquer la maladie en 2035 ».
Sur le plan thérapeutique, des avancées ont été réalisées. « Le traitement de la tuberculose a été raccourci à 6 mois, c’est formidable », se félicite le Dr Chahed. Il repose sur plusieurs médicaments combinés. « Ca peut générer des effets secondaires mais souvent minimes et passagers et souvent bien tolérés par le patient », précise-t-il. Cependant, il met en garde contre les risques liés à l’interruption du traitement. « Il faut insister sur la prise régulière du traitement », car les formes multi-résistantes sont « en nette augmentation dans beaucoup de pays ». « Quand on a des résistances aux antituberculeux majeurs, la tuberculose devient très difficile à traiter », avec des traitements plus longs d’une année voire deux ans.
Enfin, le spécialiste rappelle l’importance de la vaccination. « La vaccination BCG ne protège pas contre la tuberculose pulmonaire mais elle protège contre les formes graves », d’où la nécessité de maintenir cette prévention.
Pour conclure, le Dr Chahed rend hommage aux regrettés Pr Chaulet et Pr Larbaoui, pionniers de la lutte antituberculeuse en Algérie. « Beaucoup de pays imitent (notre programme) parce qu’il y a eu une réussite totale », affirme-t-il, tout en appelant à poursuivre les efforts. Car, malgré les avancées, la tuberculose reste « un problème de santé publique » qui exige vigilance et engagement collectif.
Hassina Amrouni

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accept Read More