Breakthrough Prize: Deux chercheurs révolutionnent la recherche sur la sclérose en plaques

Le Breakthrough Prize, surnommé les « Oscars de la science », a récemment distingué deux scientifiques dont les travaux ont fondamentalement changé notre compréhension de la sclérose en plaques. Stephen Hauser, neurologue américain, et Alberto Ascherio, épidémiologiste italien, ont été récompensés pour des découvertes décisives concernant cette maladie auto-immune qui touche près de trois millions de personnes dans le monde.
Stephen Hauser n’avait que 27 ans lorsqu’il a été bouleversé par le cas d’Andrea, une brillante jeune femme, avocate à la Maison Blanche, frappée de plein fouet par la maladie. « Je me souviens de l’avoir vue, incapable de parler, paralysée du côté droit, incapable d’avaler, et bientôt incapable de respirer sans aide, et d’avoir pensé que c’était la chose la plus injuste que j’aie jamais vue en médecine », confie-t-il. Ce choc marque le point de départ de sa carrière consacrée à la sclérose en plaques, à une époque où aucun traitement n’était disponible et où le pessimisme dominait.
Les scientifiques pensaient alors que seuls les lymphocytes T, des globules blancs, étaient responsables de l’attaque du système nerveux central. Mais Hauser, en collaboration avec ses collègues, remet en cause ce dogme en démontrant que les lymphocytes B, jusque-là écartés, jouent un rôle central. Cette hypothèse, initialement rejetée par les instances de recherche, conduit néanmoins à un essai clinique soutenu par le laboratoire Genentech. Les résultats publiés en 2006 sont sans appel : cibler les lymphocytes B permet une réduction de plus de 90 % de l’inflammation cérébrale. « Une révolution thérapeutique », affirme le neurologue, qui a ouvert la voie à des traitements ralentissant la progression de la maladie.
De son côté, Alberto Ascherio s’est intéressé à l’origine virale possible de la maladie. En étudiant la distribution géographique des cas, majoritairement concentrés dans l’hémisphère Nord, il émet l’hypothèse d’un lien avec un agent infectieux. « La distribution géographique des cas de scléroses est assez frappante », note-t-il. En 2022, après plus de deux décennies d’analyse de données issues de millions de militaires américains, son équipe confirme un lien fort entre la sclérose en plaques et le virus d’Epstein-Barr, responsable notamment de la mononucléose. « La maladie survient uniquement chez des individus ayant été infectés en premier lieu par le virus », explique-t-il, tout en précisant que cette infection ne suffit pas, à elle seule, à déclencher la maladie.
Cette avancée ouvre des perspectives nouvelles pour la prévention, voire un jour, pour des traitements curatifs. Elle suggère aussi que d’autres maladies neurodégénératives pourraient avoir des racines virales. « Nous essayons maintenant d’étendre notre enquête pour étudier le rôle de l’infection virale dans d’autres maladies neurodégénératives, comme Alzheimer ou la maladie de Charcot » explique M. Ascherio, évoquant un lien encore théorique mais prometteur.
Ces deux parcours scientifiques, portés par la rigueur, l’intuition et la persévérance, ont transformé une maladie longtemps opaque en un domaine de recherche fertile et porteur d’espoir.
Hassina Amrouni

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accept Read More