Shigella défie les antibiotiques : une menace silencieuse qui frappe les enfants des pays les plus vulnérables

Une étude internationale majeure publiée dans The Lancet Global Health confirme l’ampleur persistante — et désormais aggravée — de la menace que représente Shigella pour les enfants de moins de cinq ans dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Conduite dans plusieurs pays dans le cadre du programme Enterics for Global Health (EFGH), cette surveillance prospective met en évidence un double fardeau : une incidence élevée des diarrhées attribuables à cette bactérie et une progression inquiétante de la résistance aux antibiotiques.

Les résultats montrent que Shigella est responsable d’une proportion significative des épisodes diarrhéiques pris en charge dans les structures de santé, atteignant jusqu’à près de 30 % des cas de diarrhée modérée à sévère chez les jeunes enfants dans certains sites de surveillance. L’incidence est particulièrement élevée chez les enfants âgés de 12 à 36 mois, une tranche d’âge particulièrement vulnérable aux complications liées à la déshydratation et à la malnutrition.

L’étude s’appuie sur des milliers de prélèvements analysés sur plusieurs années, permettant d’identifier précisément les souches en circulation. Parmi celles-ci, Shigella flexneri apparaît comme dominante dans de nombreux contextes, suivie de Shigella sonnei, confirmant des tendances déjà observées mais avec des variations régionales importantes.

Mais c’est sur le terrain de la résistance antimicrobienne que les chiffres sont les plus alarmants. Les chercheurs rapportent des niveaux élevés de résistance aux antibiotiques de première ligne : plus de 70 % des isolats présentent une résistance à l’ampicilline et au triméthoprime-sulfaméthoxazole, deux traitements historiquement utilisés. Plus préoccupant encore, une proportion croissante de souches montre une résistance aux antibiotiques recommandés en seconde intention, notamment les fluoroquinolones, avec des taux de résistance ou de sensibilité diminuée pouvant dépasser 20 % dans certains pays.

Cette évolution réduit drastiquement les options thérapeutiques disponibles sur le terrain, dans des systèmes de santé déjà fragiles. Elle allonge la durée des infections, augmente le risque de transmission et expose davantage les enfants aux complications graves.

En parallèle, la diversité des sérotypes identifiés dans l’étude souligne les défis à relever pour le développement d’un vaccin efficace. Les chercheurs insistent néanmoins sur le fait que les données recueillies constituent une base stratégique pour orienter les futures formulations vaccinales, capables de cibler les souches les plus répandues.

Au-delà des chiffres, cette étude met en lumière une réalité sanitaire critique : dans les régions les plus vulnérables, la diarrhée à Shigella reste non seulement fréquente, mais de plus en plus difficile à traiter. Face à cette menace croissante, les auteurs appellent à une mobilisation urgente : améliorer la surveillance, rationaliser l’usage des antibiotiques et accélérer les investissements dans la prévention, notamment vaccinale. Car sans réponse rapide, cette bactérie pourrait devenir l’un des symboles les plus préoccupants de l’ère post-antibiotique.

Ouiza Lataman

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