La deuxième Conférence internationale du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens (CNOP), prévue lundi 5 octobre 2026 au Sheraton Club des Pins, veut élargir le débat sur le médicament. Production nationale, qualité, disponibilité, lutte contre les produits falsifiés, nouveaux métiers du pharmacien et coopération africaine seront au centre des échanges, avec une question de fond : comment transformer l’ambition de souveraineté pharmaceutique en sécurité sanitaire durable ?
Produire davantage de médicaments ne suffit pas à garantir une véritable souveraineté pharmaceutique. Encore faut-il anticiper les besoins, sécuriser les circuits de distribution, renforcer la réglementation, garantir la qualité des produits et adapter le rôle du pharmacien à l’évolution des prises en charge. C’est autour de cette équation, beaucoup plus large que la seule fabrication locale, que se tiendra lundi à Alger la deuxième Conférence internationale du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens.
La rencontre réunira des responsables institutionnels, des représentants d’ordres professionnels, des universitaires et des pharmaciens venus d’Algérie et de plusieurs pays africains, mais aussi de France et du Canada. Le programme traduit une volonté de confronter plusieurs modèles et de replacer le médicament dans l’ensemble de la chaîne sanitaire, depuis sa production jusqu’à son utilisation par le patient.
Les travaux s’ouvriront par les interventions du président du CNOP, le Dr N. Mettioui, du président de l’Inter Ordre des pharmaciens d’Afrique, le Dr M. Laroussi, ainsi que des ministres de l’Industrie pharmaceutique et de la Santé. Mais l’essentiel de la journée sera consacré aux difficultés très concrètes qui conditionnent l’autonomie pharmaceutique d’un pays.
La première session posera directement la question de la souveraineté. Le Dr Réda Belkacemi, du ministère de l’Industrie pharmaceutique, doit notamment aborder la maturité réglementaire comme levier de développement de la production nationale et des exportations. Derrière cette formulation technique se joue un enjeu central : un secteur pharmaceutique ne peut durablement monter en gamme sans procédures d’évaluation solides, normes de qualité crédibles et environnement réglementaire capable de soutenir aussi bien le marché intérieur que l’accès aux marchés étrangers.
La souveraineté passe également par la capacité à prévoir les besoins. Le Pr Hadia Mansouri, du ministère de la Santé, interviendra sur la planification de la couverture sanitaire à partir des données. Cette approche prend une importance particulière dans un secteur régulièrement confronté à des tensions d’approvisionnement, où l’enjeu n’est pas uniquement de produire mais de produire les médicaments nécessaires, dans les bonnes quantités et au bon moment.
Le système national de vigilance sera également abordé par le Dr Mounia Aouali, de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques. Là encore, la conférence élargit la notion de souveraineté : un médicament fabriqué localement ne constitue un progrès sanitaire que si sa qualité, sa sécurité et son suivi sont garantis tout au long de son cycle d’utilisation.
La dimension africaine constituera un autre axe majeur. Le Pr Réda Djidjik développera la notion de « pharmacie africaine sans frontières », fondée sur la formation, l’innovation et la coopération. Le Pr Antoine Serge Amari, de l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, abordera de son côté l’accès aux médicaments essentiels ainsi que la lutte contre les médicaments de qualité inférieure ou falsifiés.
Ces questions dépassent largement la coopération institutionnelle. Elles concernent directement la capacité des pays africains à réduire leur dépendance extérieure, à sécuriser leurs approvisionnements et à renforcer les mécanismes de contrôle face à des marchés pharmaceutiques de plus en plus complexes.
La deuxième session s’intéressera davantage au pharmacien lui-même et à sa place dans le système de santé. Le Dr Feriel Boutefnouchet présentera une réflexion sur la pharmacie d’officine et la souveraineté sanitaire en Algérie à l’horizon 2035. L’expérience canadienne et québécoise, présentée par le Dr Jean François Desgagné, permettra parallèlement d’examiner l’évolution d’une profession dont les missions tendent, dans plusieurs pays, à dépasser la seule délivrance du médicament.
La distribution pharmaceutique en Algérie sera également examinée à travers les enjeux de qualité et d’évolution réglementaire. Cette question est loin d’être secondaire : entre l’usine et le patient, la performance du réseau de distribution conditionne la disponibilité réelle des traitements et la capacité du système à éviter ruptures, déséquilibres territoriaux et dysfonctionnements dans l’approvisionnement.
Un symposium consacré à la localisation de la production des antidiabétiques innovants introduira un autre débat sensible : celui du passage de la production locale de médicaments courants vers des traitements plus complexes et à plus forte valeur technologique. L’intervention, confiée au Pr Amar Tebaibia de l’EHS Djillali Belkhenchir, mettra en relation investissement dans la santé, développement industriel et souveraineté nationale.
L’après-midi élargira encore le champ avec la qualité en biologie médicale, l’impact environnemental du médicament et les thérapies orales en cancérologie. Ces thèmes montrent combien le métier de pharmacien évolue sous l’effet de l’innovation thérapeutique, du développement des traitements à domicile et des nouvelles exigences liées à la sécurité et à l’environnement.
La conférence doit s’achever par la lecture de recommandations sous la conduite du Pr Marzouk Mamou, président du comité scientifique. C’est probablement à ce stade que se situera le principal enjeu de la rencontre. Car les thèmes inscrits au programme renvoient à des problématiques déjà largement identifiées. La véritable valeur ajoutée de cette deuxième conférence dépendra donc moins du diagnostic que de la capacité à dégager des pistes opérationnelles sur la production, la régulation, la distribution, la formation et la coopération africaine.
À travers son programme, le CNOP fait en tout cas émerger une conception plus exigeante de la souveraineté pharmaceutique : non pas seulement fabriquer sur le territoire national, mais construire une chaîne du médicament suffisamment robuste pour garantir, dans la durée, disponibilité, qualité, sécurité et accès aux traitements.
Tinhinane B
