Une équipe internationale de chercheurs, menée par l’Institut de Recherche de l’Hospital del Mar (Barcelone) en collaboration avec l’Université de Yale, met en lumière une hypothèse ambitieuse : certaines maladies neuropsychiatriques (autisme, dépression, trouble bipolaire) et neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson) pourraient prendre racine bien avant la naissance, dans les toutes premières étapes de la formation du cerveau.
Leurs résultats viennent d’être publiés dans Nature Communications.
Les chercheurs ont analysé près de 3 000 gènes déjà associés à ces pathologies, en simulant leur altération dans les cellules à l’origine du cerveau fœtal. Les données révèlent que de nombreux gènes pathogènes sont actifs dès les cellules souches neuronales – celles qui donneront naissance aux neurones et aux cellules de soutien du cerveau.
De telles anomalies précoces pourraient perturber le câblage initial du cerveau et, des années plus tard, favoriser l’apparition de troubles mentaux ou neurodégénératifs.
Cette découverte ouvre des perspectives inédites : repérer les “fenêtres critiques” du développement cérébral et cibler des cellules précises pour des interventions avant même l’apparition des symptômes. Dans un futur proche, cela pourrait se traduire par des stratégies de médecine préventive personnalisée, allant de la thérapie génique à des traitements médicamenteux précoces.
Ces conclusions s’inscrivent dans le champ des origines développementales de la santé et des maladies (Developmental Origins of Health and Disease, DOHaD), qui étudie l’influence des conditions prénatales sur la santé à long terme.
Nutrition maternelle, exposition à des toxiques, stress ou infections pendant la grossesse : autant de facteurs environnementaux capables de modifier la structure et le fonctionnement du cerveau fœtal, et même son expression génétique par le biais de mécanismes épigénétiques.
Ces résultats renforcent l’idée que la prévention des troubles psychiatriques et neurologiques pourrait commencer avant la naissance. Comprendre comment se joue la santé cérébrale dans les toutes premières semaines de la vie fœtale ouvre la voie à une approche médicale où la surveillance prénatale ne se limiterait plus à la santé physique immédiate du bébé, mais inclurait aussi son capital neurologique futur.
Nouhad Ourebzani
