Le Syndicat National des Enseignants-Chercheurs Hospitalo-universitaires (SNECHU) a tenu, mercredi 15 avril, une assemblée générale à la faculté de médecine d’Alger, dans un contexte marqué par des tensions persistantes au sein du corps hospitalo-universitaire. En parallèle, douze autres assemblées générales se sont déroulées simultanément à travers plusieurs facultés de médecine du pays, notamment à Annaba, Oran, Constantine et Tlemcen, traduisant une mobilisation nationale coordonnée autour des préoccupations de cette catégorie clé du système de santé.
À l’issue de cette rencontre, le président du SNECHU, le Pr Rachid Belhadj, a livré au média esseha.dz une analyse à chaud de la situation, mettant en lumière les difficultés structurelles, juridiques et professionnelles auxquelles font face les enseignants-chercheurs hospitalo-universitaires. Une situation qu’il qualifie de préoccupante, tant pour la qualité de la formation médicale que pour celle des soins prodigués aux patients.
Le responsable syndical a d’emblée insisté sur l’importance de la culture juridique dans l’action syndicale, rappelant que le SNECHU agit dans le respect des lois et des cadres institutionnels. « Nous sommes un syndicat organisé, nous respectons la loi. Nous avons négocié, nous avons fait des propositions », a-t-il déclaré, soulignant une démarche fondée sur le dialogue et la concertation avec les autorités.
Toutefois, malgré deux années de négociations avec les pouvoirs publics, dont des discussions engagées avec l’ancien ministre de la Santé puis reprises avec l’actuel ministre, les avancées restent, selon lui, insuffisantes. « Ça fait deux années qu’on est en train de négocier… maintenant, il faut passer à l’acte », a-t-il insisté, évoquant un blocage administratif à des niveaux supérieurs.
Parmi les préoccupations majeures soulevées figure la fuite des compétences médicales vers l’étranger, un phénomène qui touche particulièrement certaines spécialités jugées attractives, comme la dermatologie, la cardiologie, la radiologie, l’ophtalmologie ou encore la gastroentérologie. « On parle du problème de fuite de la matière grise… dans certaines spécialités, il reste un professeur et un maître assistant », a alerté le Pr Belhadj, décrivant une situation critique dans plusieurs services hospitaliers.
Il dénonce également ce qu’il considère comme un système organisé de captation des compétences par certains pays étrangers. « Certains pays, notamment la France, nous volent, dans un cadre bien organisé, la compétence jeune », a-t-il affirmé, évoquant des conditions d’attractivité salariale et professionnelle qui incitent les jeunes spécialistes à quitter le pays, parfois au détriment du système national.
Dans ce contexte, le président du SNECHU s’interroge sur la capacité du pays à faire fonctionner les nouvelles infrastructures sanitaires en cours de réalisation. « L’État est en train de construire des établissements sanitaires… ils vont fonctionner avec qui ? », s’est-il interrogé, mettant en garde contre un décalage entre les investissements matériels et les ressources humaines disponibles.
Par ailleurs, il a également pointé du doigt l’expansion rapide des facultés et annexes de médecine, dans une volonté de démocratisation de l’enseignement, mais sans encadrement suffisant. « Si on veut former un bon médecin, il doit être formé par des vrais professionnels », a-t-il souligné, insistant sur la nécessité de garantir des conditions de travail et de vie dignes pour les enseignants-chercheurs afin qu’ils puissent se consacrer pleinement à leurs missions pédagogiques et hospitalières.
Sur le plan des revendications, le SNECHU plaide pour une amélioration globale des conditions socio-professionnelles, incluant les salaires, le logement et le statut juridique. Le syndicat affirme avoir formulé des propositions concrètes et réalistes. « Nous sommes une force de proposition… nous n’avons pas demandé des choses irréalisables », a précisé le Pr Belhadj.
Malgré la gravité de la situation, le syndicat se veut responsable et privilégie toujours la voie du dialogue. « Nous ne voulons pas aller vers une grève ou des perturbations », a-t-il assuré, tout en appelant à une intervention au plus haut niveau de l’État. « Il faut l’intervention du Président de la République afin de trouver une solution », a-t-il conclu, estimant que seule une décision politique forte permettrait de débloquer ce dossier stratégique.
En filigrane, c’est l’avenir même du système de santé algérien qui se dessine à travers ces revendications. Entre fuite des compétences, pression sur la formation médicale et insuffisances structurelles, les enseignants-chercheurs hospitalo-universitaires tirent la sonnette d’alarme, appelant à des mesures urgentes pour préserver un pilier essentiel de la santé publique nationale.
Nora S.
