« Une seule santé » : la révolution scientifique qui relie humains, animaux et environnement

 

Même si l’initiative prend racine en France, ses répercussions pourraient bien redessiner les équilibres sanitaires à l’échelle mondiale. À l’heure où les crises sanitaires se multiplient et se complexifient, un concept s’impose de plus en plus dans les cercles scientifiques et médicaux : « One Health » ou « Une seule santé ».

Né au début des années 2000, ce paradigme repose sur une idée simple mais longtemps sous-estimée : la santé humaine ne peut être dissociée de celle des animaux ni de l’environnement. Une vision systémique qui prend aujourd’hui tout son sens face à l’accélération des changements climatiques, à l’érosion de la biodiversité et à la recrudescence des maladies infectieuses émergentes.

Dans ce contexte, Institut Pasteur franchit une nouvelle étape stratégique. L’institution a annoncé la création d’un centre de recherche de pointe entièrement dédié à l’étude des maladies infectieuses émergentes en lien avec le climat et les transformations environnementales. Ce futur pôle scientifique, actuellement en construction, devrait être inauguré en 2028 sur le campus parisien de l’Institut.

L’objectif affiché est clair : anticiper plutôt que subir. Il s’agira de mieux comprendre les mécanismes d’émergence et de propagation des agents pathogènes, en particulier ceux transmis par des vecteurs tels que les insectes ou les arthropodes. Des organismes dont les aires de répartition évoluent rapidement sous l’effet du réchauffement climatique, favorisant l’apparition de maladies dans des zones jusque-là épargnées.

Derrière cette initiative, une inquiétude grandissante : celle de voir se multiplier des crises sanitaires globales similaires à celle du Covid-19. Les scientifiques alertent depuis plusieurs années sur le rôle des interactions entre l’homme, la faune sauvage et les écosystèmes dans l’émergence de nouvelles pathologies. Déforestation, urbanisation rapide, intensification des échanges internationaux : autant de facteurs qui facilitent la transmission interespèces.

Mais l’action de l’Institut ne se limite pas à la recherche fondamentale. En parallèle de ce projet d’envergure, il pilote également des études de terrain à grande échelle, notamment dans les régions les plus exposées aux zoonoses. Parmi les priorités affichées figure un objectif ambitieux : contribuer à l’élimination de la rage humaine à l’échelle mondiale.

Cette maladie, encore responsable de dizaines de milliers de décès chaque année, principalement en Afrique et en Asie, illustre parfaitement les enjeux du concept « Une seule santé ». Transmise essentiellement par les chiens, elle pourrait être éradiquée grâce à une approche coordonnée intégrant vaccination animale, surveillance épidémiologique et sensibilisation des populations.

Au-delà de la rage, c’est toute une nouvelle manière de penser la santé publique qui se dessine. Une approche transversale, collaborative, impliquant médecins, vétérinaires, écologues et décideurs politiques. Car face à des menaces globales, les réponses ne peuvent être que globales.

Ce projet porté par l’Institut Pasteur s’inscrit ainsi dans une dynamique internationale plus large, soutenue par de nombreuses organisations sanitaires. Il marque surtout une prise de conscience : protéger la santé humaine passe désormais inévitablement par la protection du vivant dans son ensemble.

À l’horizon 2028, ce nouveau centre pourrait bien devenir un pilier de la lutte mondiale contre les maladies émergentes. Mais au-delà des infrastructures et des avancées scientifiques, c’est un changement de regard qui s’impose : celui d’une humanité désormais consciente que son destin sanitaire est intimement lié à celui des animaux et de la planète.

Nouhad Ourebzani 

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