Longtemps présentée comme l’activité physique idéale, accessible à tous et bénéfique pour la santé, la marche pourrait en réalité ne pas suffire à garantir une bonne condition physique. C’est ce que révèle une récente étude américaine relayée par Science et Vie, qui met en lumière les limites de cette pratique pourtant largement répandue.
Aux États-Unis, la marche s’impose comme l’activité physique la plus populaire. Environ 44,1 % des adultes la considèrent comme leur principal loisir actif, aussi bien en milieu urbain qu’en zone rurale. Cette préférence s’explique par sa simplicité, son faible coût et son accessibilité universelle. Pourtant, derrière ce succès massif se cache une réalité plus nuancée.
L’étude, menée à partir des données de plus de 396 000 adultes, montre que la marche seule ne permet pas toujours d’atteindre les recommandations minimales en matière d’activité physique. Pour être considéré comme suffisamment actif, un individu doit cumuler au moins 150 minutes d’exercice modéré par semaine, tout en intégrant des activités de renforcement musculaire au moins deux fois par semaine. Or, seuls 25 % des personnes dont la marche constitue l’activité principale remplissent ces deux critères.
Plus préoccupant encore, près de 22 % des marcheurs ne satisfont à aucune des recommandations de base. Autrement dit, malgré une pratique régulière, une part importante de la population reste insuffisamment active sur le plan physique. Ces résultats remettent en question une idée largement répandue : marcher ne garantit pas, à lui seul, une bonne santé physique globale.
L’étude souligne également des différences marquées entre les modes de vie urbains et ruraux. Si la marche reste dominante dans les deux cas, les activités complémentaires varient fortement. Les habitants des zones rurales privilégient des pratiques comme le jardinage, la pêche ou les travaux agricoles, tandis que les citadins se tournent davantage vers la course à pied, le vélo, la musculation ou la danse. Ces écarts reflètent l’influence de l’environnement, des infrastructures et des habitudes quotidiennes sur les comportements physiques.
Ces disparités ont des conséquences directes sur le niveau global d’activité. Les populations rurales présentent notamment des taux d’inactivité plus élevés, en partie à cause d’un accès limité aux équipements sportifs ou aux programmes encadrés. Ce constat met en évidence l’importance des conditions de vie dans l’adoption d’un mode de vie actif.
Au-delà des différences géographiques, les chercheurs insistent sur un point essentiel : la diversité des activités physiques est indispensable. Si la marche contribue efficacement à améliorer la santé cardiovasculaire et à réduire certains risques, elle ne sollicite pas suffisamment les muscles pour répondre à l’ensemble des besoins du corps. L’ajout d’exercices de renforcement musculaire apparaît donc crucial pour maintenir une condition physique complète.
Les auteurs de l’étude appellent ainsi à repenser les politiques de santé publique. Plutôt que de promouvoir uniquement la marche, ils recommandent des approches plus globales et adaptées aux réalités locales. En zone rurale, par exemple, il pourrait être pertinent d’intégrer des exercices de renforcement dans les activités quotidiennes déjà pratiquées, comme les travaux physiques ou agricoles.
Enfin, les chercheurs rappellent que leurs données datent de 2019, avant la pandémie de Covid-19, qui a profondément modifié les habitudes de vie et d’activité physique. De nouvelles analyses seront nécessaires pour mesurer l’impact de ces changements et ajuster les recommandations en conséquence.
Cette étude apporte ainsi un éclairage important sur les limites d’une activité pourtant considérée comme bénéfique. Elle confirme que, pour rester en bonne santé, il ne suffit pas seulement de bouger, mais de varier les efforts et d’adopter une pratique physique complète et équilibrée.
Nouhad Ourebzani
