L’Algérie l’a perdu hier : Hommage à Amar Ziad, bâtisseur de l’industrie pharmaceutique algérienne

 

C’est une figure discrète, mais ô combien influente du paysage pharmaceutique algérien, qui s’est éteinte le 31 juillet 2025. Amar Ziad, premier président de l’Union nationale des opérateurs de la pharmacie (UNOP), ancien dirigeant des laboratoires Soprophal, laisse derrière lui une empreinte profonde dans une industrie qu’il a contribué à faire naître, structurer et défendre avec passion.

Il aimait parler de la « jeune industrie pharmaceutique algérienne » avec un mélange de prudence et d’enthousiasme. Une formule modeste pour désigner un secteur encore en construction au début des années 2000, mais dont il fut l’un des artisans les plus déterminés. Visionnaire et pragmatique, Amar Ziad a su fédérer les volontés, forger des alliances, convaincre l’État de parier sur une souveraineté médicamenteuse nationale dans un contexte souvent instable et concurrentiel.

L’UNOP, qu’il cofonde au début des années 2000, n’était pas un simple syndicat patronal. Sous son impulsion, elle devient une plateforme d’expression collective, un laboratoire d’idées, un espace de dialogue avec les pouvoirs publics. Ziad en fait un outil stratégique de régulation du secteur privé, tout en défendant fermement les intérêts des producteurs nationaux face aux géants multinationaux. Il y militait pour une politique de substitution des importations, pour un accès équitable aux marchés publics, et pour une réglementation plus favorable à l’innovation locale.

Son engagement allait bien au-delà des intérêts strictement corporatistes. Ceux qui l’ont côtoyé se souviennent d’un homme au verbe mesuré, au regard lucide sur les défis structurels du pays, mais animé d’une foi inébranlable dans la capacité de l’Algérie à bâtir une industrie pharmaceutique souveraine, innovante, et socialement utile. Une posture rare, dans un secteur où l’opacité, le clientélisme et la dépendance aux importations faisaient trop souvent office de règle.

Amar Ziad croyait aux forces vives du pays. À la nécessité d’ancrer l’expertise locale dans la recherche, la formation, et la production. Il parlait volontiers des jeunes pharmaciens, ingénieurs ou gestionnaires qu’il voulait voir occuper des places stratégiques, loin des logiques de rente. Il plaidait aussi pour un partenariat public-privé équilibré, reposant sur la confiance et la transparence.

Avec son départ, c’est une mémoire industrielle qui s’efface, mais aussi une éthique du travail et du dialogue qui mérite d’être saluée. Il n’était pas de ceux qui cherchaient la lumière médiatique. Il préférait les cercles techniques, les discussions de fond, les rapports argumentés. Son style était celui d’un militant rationnel, peu enclin aux effets de manche, mais toujours ferme sur les principes.

Dans un pays qui aspire à réduire sa dépendance sanitaire, à réformer en profondeur ses politiques de santé et à stimuler son tissu industriel, l’héritage d’Amar Ziad prend une résonance particulière. Il rappelle que la souveraineté pharmaceutique ne se décrète pas : elle se construit, dans la durée, à travers des choix courageux, des alliances durables et une vision claire du bien commun.

Sa voix manquera, incontestablement, dans les débats à venir sur l’avenir du médicament en Algérie. Mais les institutions qu’il a contribué à bâtir, les idées qu’il a défendues, les talents qu’il a accompagnés, forment aujourd’hui les piliers d’une industrie qui n’a pas fini de mûrir.

Amar Ziad ne se réclamait d’aucune école. Il était, tout simplement, un acteur du réel, un bâtisseur de filière, un militant de l’utile. Un de ces hommes dont l’histoire industrielle nationale retiendra, sans grandiloquence mais avec respect, le nom et l’action.

Nora S.

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