Le Pr Rachid Belhadj au micro d’Esseha : « L’éthique médicale face à l’injustice du parcours de soins »

En marge des travaux du 2ème Congrès National de la Société Algérienne de Droit Médical et d’Éthique (SADME), le Pr Rachid Belhadj, chef de service de médecine légale au CHU Mustapha et Directeur des activités médicales et paramédicales au sein du même hôpital est revenu, au micro d’Esseha, sur l’importance de l’éthique dans la pratique de la médecine. Pour lui, la médecine ne peut se résumer à une technicité déconnectée des valeurs humaines. « Quand on forme un médecin, on lui apprend la médecine, mais on met surtout l’accent sur l’éthique et l’humanisme », souligne-t-il.
Pourtant dans sa pratique quotidienne, il dit avoir été confronté à des situations qu’il qualifie d’« inacceptables d’un point de vue humanitaire et éthique ».
Ces cas concernent principalement des migrants africains, des sans-abris ou des patients souffrant de troubles mentaux, atteints de diabète et arrivant à l’hôpital avec un pied déjà gangréné, exposés à l’amputation ou au décès faute de prise en charge. »Ces malades ont longtemps été orientés d’un service à un autre sans solutions réelle », explique le Pr Belhadj, rappelant que le problème ne résidait ni dans le manque de moyens humains ni matériels, mais bien dans l’organisation et la perte du sens éthique.
Face à cette réalité, une unité spécialisée dans la prise en charge du pied diabétique gangréné a été créée au CHU Mustapha, avec le soutien du ministère de la Santé. Une équipe multidisciplinaire et des infrastructures dédiées ont permis d’obtenir des résultats concrets. « En deux ans, nous avons réalisé près de 280 interventions chirurgicales, sans enregistrer aucun décès, ni parmi nos concitoyens, ni parmi les migrants ou autres », précise-t-il.
Mais au-delà des chiffres, le Pr Belhadj pointe une autre injustice persistante :le recours aux relations personnelles pour accéder aux soins. « Il est inadmissible qu’un médecin de garde refuse de prendre en charge un malade et l’oriente vers une structure privée pour l’opérer lui-même », dénonce-t-il. Une pratique qu’il juge contraire à la vocation médicale.
A travers ce congrès, son message est sans équivoque : « La médecine, c’est avant tout un grand sens de l’éthique, de l’empathie et de l’humanisme ».
Hassina Amrouni

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