Longtemps associée à la cigarette classique, l’addiction au tabac prend aujourd’hui de nouveaux visages. Cigarettes électroniques, produits nicotiniques aromatisés, chicha ou dispositifs présentés comme des alternatives « moins nocives » contribuent à banaliser la consommation de nicotine auprès des jeunes. C’est autour de cette préoccupation que l’Algérie a célébré, dimanche à Sétif, la Journée mondiale sans tabac 2026, placée sous le slogan : « Démasquer les illusions : combattre l’addiction au tabac et à la nicotine ».
Organisée par le ministère de la Santé sous la supervision du directeur général de la Prévention et de la Promotion de la santé, le Dr Djamel Fourar, cette journée a réuni experts, professionnels de santé et représentants de la société civile pour alerter sur les nouvelles stratégies de séduction déployées par l’industrie du tabac et de la nicotine.
Au cœur des débats, une même inquiétude : la capacité de ces produits à attirer les adolescents et les jeunes adultes grâce à des arômes attractifs, des emballages soignés, une forte présence sur les réseaux sociaux et un discours marketing qui tend à minimiser les risques. Pour les spécialistes, ces pratiques contribuent à installer l’idée trompeuse d’une consommation sans danger, alors même que la nicotine demeure une substance hautement addictive.
Les participants ont ainsi mis en garde contre une évolution préoccupante : le passage d’une lutte contre le tabagisme à une lutte plus large contre la dépendance à la nicotine. Selon eux, la diversification des produits et l’émergence de nouvelles habitudes de consommation rendent les politiques de prévention plus complexes, notamment auprès des jeunes générations.
Les experts ont également rappelé que le tabac reste l’un des principaux facteurs de risque des maladies cardiovasculaires, des affections respiratoires chroniques et de nombreux cancers. À l’échelle mondiale, près de dix millions de personnes meurent chaque année des conséquences du tabagisme ou de l’exposition à la fumée de tabac, ce qui en fait l’une des premières causes de mortalité évitable.
Au-delà de son impact sanitaire, le phénomène représente un lourd fardeau économique et social. Les coûts liés aux soins médicaux, à la prise en charge des maladies chroniques et à la perte de productivité s’ajoutent aux dommages environnementaux provoqués par les déchets issus des cigarettes, des cigarettes électroniques et des autres produits nicotiniques.
À travers cette édition 2026, les autorités sanitaires ont voulu rappeler que la lutte contre le tabac ne peut plus se limiter à dénoncer les dangers de la cigarette traditionnelle. Elle doit désormais s’attaquer à l’ensemble des mécanismes qui favorisent l’entrée dans la dépendance, en particulier chez les jeunes, principale cible des stratégies de renouvellement du marché du tabac.
Les nombreuses activités organisées à travers les 58 wilayas — conférences, campagnes de sensibilisation, consultations de sevrage tabagique et actions d’information — traduisent cette volonté de renforcer la prévention et de promouvoir une culture de santé fondée sur la protection des nouvelles générations.
Car derrière la diversité des produits et des modes de consommation, le défi demeure le même : empêcher qu’une nouvelle génération ne tombe dans le piège d’une dépendance qui continue, année après année, de coûter des millions de vies à travers le monde.
Tinhinane B
