Dans un entretien accordé a à Esseha le Pr Samia Achir, endocrinologue et diabétologue, revient sur l’hypothyroïdie, une affection fréquente qui touche entre 1 et 2% de la population mondiale, avec une nette prédominance féminine. « Chez les femmes de plus de 50 ans, la prévalence atteint environ 5% contre 0,1 à 0,2 chez l’homme », précise-t-elle. Avec l’avancée en âge, les chiffres augmentent davantage, pouvant atteindre 10 % autour de 65 ans.
Le Pr Achir souligne que les patients consultent rarement pour des signes directement évocateurs de la maladie. « Ce qui pousse le plus souvent à consulter, c’est une fatigue importante », explique-t-elle. Une fatigue particulière, présente dès le réveil, touchant à la fois les capacités physique, intellectuelles et parfois sexuelles. Selon elle, cette asthénie serait à l’origine de près de 80% des diagnostics.
D’autres symptômes doivent également alerter : visage enflé au réveil, paupières enflées, oedèmes des membres inférieurs sans origine cardiaque, peau sèche et rugueuse, prise de poids inexpliquée ou encore constipation persistante… « Les personnes actives peuvent aussi souffrir de troubles de la mémoire et de la concentration, ce qui finit par entraver leur activité professionnelle », note-t-elle. L’hypothyroïdie peut même se manifester par une baisse du rythme cardiaque ou révéler un état dépressif.
Chez la femme, les répercussions peuvent être importantes sur la fertilité. La spécialiste évoque des troubles du cycle menstruel, des difficultés à concevoir ainsi que des fausses couches répétées. Ces nombreux symptômes s’expliquent par le rôle essentiel des hormones thyroïdiennes dans le fonctionnement de plusieurs organes, notamment le système nerveux central, le coeur ou encore les reins.
Le diagnostic, insiste le Pr Achir, reste pourtant simple à établir grâce à une prise de sang mesurant la TSH, une hormone produite par l’hypophyse. « Une TSH élevée est le premier signe que la glande thyroïdienne fonctionne au ralenti », explique la spécialiste. Le dépistage concerne particulièrement certaines catégories à risque : personnes souffrant d’hypercholestérolémie, femmes de plus de 35 ans avec antécédents familiaux, ou encore patients atteints de trisomie 21 et du syndrome de Turner.
Concernant la prise en charge, l’endocrinologue se veut rassurante : « C’est une maladie qui se soigne facilement. Avec un traitement bien conduit, les symptômes disparaissent progressivement ». Elle insiste toutefois sur l’importante du respect des règles de prise du médicament. Le comprimé doit être pris à jeûn, idéalement dès le réveil, avec un délai d’au moins 30 minutes avant le café, ce dernier diminuant l’absorption du traitement. « En cas d’oubli, il ne faut surtout pas doubler la dose le lendemain », rappelle-t-elle.
Enfin, le Pr Achir appelle les patients à rester vigilants face aux arrêts intempestifs du traitement lorsque l’état s’améliore. « C’est justement le médicament qui permet de se sentir bien », insiste-t-elle. Une bonne hygiène de vie, une alimentation riche en fibre, associée à une activité physique régulière et un sommeil de qualité, contribue également à améliorer le quotidien des patients.
Hassina Amrouni
