Marcher dans la forêt, c’est déjà se soigner

Respirer lentement. Écouter les feuilles frémir. Sentir l’humus, la lumière tamisée, la fraîcheur de l’ombre. Marcher en forêt ne se résume pas à une simple activité de plein air. C’est, de plus en plus, un geste de soin. Une thérapie douce, gratuite, accessible, dont les bienfaits sont aujourd’hui validés par de nombreuses études scientifiques.

Au Japon, on parle depuis les années 1980 de shinrin-yoku, littéralement « bain de forêt ». Ce concept, désormais étudié dans de grandes universités médicales, consiste à s’immerger dans la nature boisée sans objectif sportif, mais avec une pleine attention sensorielle. Et les résultats sont clairs : marcher régulièrement en forêt permet de faire baisser le taux de cortisol (l’hormone du stress), réduire la tension artérielle, ralentir le rythme cardiaque et améliorer la qualité du sommeil.

Des travaux menés en Corée du Sud, en Finlande ou au Canada montrent que l’exposition prolongée à un environnement forestier stimule le système immunitaire, en particulier par l’activation des cellules NK (natural killer), essentielles à la défense de l’organisme. Ces effets persistent plusieurs jours après une simple balade de deux heures.

Pourquoi la forêt, précisément ? Parce qu’elle offre un environnement unique : l’air y est filtré et enrichi par les phytoncides, ces molécules volatiles libérées par les arbres ; les sons sont adoucis, les stimuli sensoriels variés, et la perception du temps s’y ralentit. C’est un cadre qui régule naturellement les fonctions cognitives, notamment l’attention et la mémoire. Une étude publiée dans Frontiers in Psychology a même montré que la marche en forêt diminue les ruminations mentales et améliore la concentration.

En Algérie, les espaces boisés sont peu étendus : moins de 1 % du territoire national est couvert de forêts, souvent menacées par les incendies estivaux ou la surexploitation. Pourtant, la Kabylie, les Aurès, l’Ouarsenis ou encore les forêts de Tlemcen, d’El Kala ou de Chréa offrent encore de magnifiques zones refuges. Leur potentiel thérapeutique reste largement inexploité.

Quelques initiatives locales commencent à émerger : randonnées guidées à vocation éducative, journées santé en forêt, et même marches thérapeutiques pour patients chroniques. Mais il manque encore une reconnaissance officielle du rôle préventif et apaisant de la nature dans les politiques de santé publique.

Dans un contexte marqué par l’anxiété, les troubles du sommeil et la fatigue mentale, la nature apparaît comme une ressource oubliée. Pas besoin de performance ni de savoir méditer : il suffit de marcher lentement, d’écouter, de sentir. La forêt soigne, souvent en silence.

Et si, cet été, la première ordonnance de santé n’était pas un médicament… mais une heure de marche dans les bois d’Algérie ?

Ouiza Lataman

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