À l’occasion d’une masterclass organisée par Biothera, filiale du groupe Biocare, sous l’égide de la Société Algérienne de Neurologie et de Neurophysiologie Clinique (SANNC), consacrée aux maladies inflammatoires du système nerveux central, le Pr Nadia Toubal, cheffe de service de neurologie au CHU d’Annaba et présidente de la SANNC, est revenue sur le canal d’Esseha sur l’importance de cet événement scientifique dédié à la sclérose en plaques (SEP).
Cette rencontre s’inscrit, selon elle, dans une dynamique de formation continue, particulièrement au bénéfice des jeunes neurologues. « Nous avons organisé une masterclass dédiée à la sclérose en plaques afin de diffuser les informations les plus récentes sur cette pathologie, notamment auprès des jeunes praticiens », a-t-elle expliqué, soulignant que la SEP devient de plus en plus fréquente en Algérie. Les dernières données disponibles font état d’une prévalence moyenne de 40 cas pour 100 000 habitants, plaçant le pays dans la moyenne mondiale.
Organisée sur un jour et demi, la masterclass s’est articulée autour de trois sessions complémentaires. La première a été consacrée aux nouveautés scientifiques, à l’immunopathologie et aux différentes formes cliniques de la SEP. La seconde a porté sur le diagnostic positif, le diagnostic différentiel et la prise en charge thérapeutique. Enfin, la troisième session a pris la forme d’ateliers interactifs autour de cas cliniques, animés par de jeunes neurologues directement impliqués dans le diagnostic et le suivi des patients. « Un neuroradiologue a également animé une session très intéressante autour de la question : SEP ou pas SEP, notamment sur le syndrome radiologiquement isolé », a précisé la spécialiste.
Sur le plan épidémiologique, le Pr Toubal a rappelé que les travaux menés par la SANNC ont été diffusés à l’échelle internationale et figurent dans l’Atlas mondial de la sclérose en plaques. En Algérie, la maladie touche majoritairement les femmes, avec un ratio de trois femmes pour un homme, et concerne principalement les sujets jeunes, l’âge moyen étant de 32 ans. Chaque année, près de 400 nouveaux cas sont diagnostiqués, portant le nombre total de patients à environ 15 000.
Pour la présidente de la SANNC, l’enjeu majeur demeure le diagnostic précoce. « Nous avons intérêt à maîtriser les nouveaux critères de McDonald 2024 afin de poser des diagnostics encore plus précoces et d’instaurer les traitements le plus tôt possible », a-t-elle insisté. Elle a également évoqué les perspectives à venir, notamment en matière d’innovation thérapeutique. « À l’horizon 2026, de nombreuses nouveautés sont attendues, avec des essais cliniques en cours dans le monde et, peut-être, des traitements axés sur la remyélinisation, ce qui constituerait une véritable révolution. » Elle a par ailleurs mis en avant « l’apparition de biomarqueurs biologiques et d’imagerie IRM qui seront intégrés dans le diagnostic de la sclérose en plaques ».
De son côté, Slimane Birouk, président de l’Association algérienne des malades atteints de la sclérose en plaques, a salué l’intérêt de cette initiative. Il a rappelé que l’association, créée en 2020, a élargi son champ d’action aux maladies apparentées, telles que les NMO et les MOGAD.
Pour lui, l’harmonisation des pratiques médicales est essentielle. « Il faut adapter l’algorithme diagnostique dans tous les services de neurologie afin que tout le monde travaille de la même manière et éviter toute perte de malades au moment du diagnostic. » Il a également insisté sur l’importance d’un diagnostic et d’une prise en charge précoces, soulignant que « c’est ce qui permet d’éviter le handicap. C’est faisable : au sein de l’association, je vois des malades qui ont pu se débarrasser de leur canne ou de leurs béquilles ».
Slimane Birouk s’est dit particulièrement satisfait de la qualité des échanges scientifiques. « Je suis très content, j’ai appris de nouvelles informations qui vont réellement aider le corps médical à mieux diagnostiquer cette maladie handicapante », a-t-il confié, rappelant que « les thérapies actuelles sont innovantes et que l’Algérie dispose pratiquement de toutes les options thérapeutiques contre la sclérose en plaques, avec une prise en charge gratuite ».
Plusieurs chefs de service de neurologie ont, à leur tour, apporté un éclairage complémentaire sur l’ampleur et la complexité croissantes de la SEP en Algérie. Le Pr Boubekeur Essedik Fekraoui, chef de service au CHU de Constantine, a souligné l’évolution préoccupante de la maladie, citant des données locales révélant une hausse marquée de la prévalence dans la région. Il a insisté sur la diversité des formes cliniques, allant des présentations par poussées aux formes d’emblée handicapantes, sans oublier les tableaux atypiques touchant des sujets très jeunes ou, au contraire, des patients plus âgés, souvent plus difficiles à diagnostiquer. Pour lui, les progrès récents des critères diagnostiques permettent aujourd’hui une identification plus précoce et une prise en charge plus efficace.
Le Pr Nassima Hecham, chef de service au CHU d’Oran, a rappelé l’importance d’un diagnostic rigoureux, fondé sur l’élimination des pathologies pouvant mimer la SEP, notamment dans un contexte méditerranéen marqué par la fréquence de certaines maladies inflammatoires. L’objectif reste d’instaurer un traitement le plus tôt possible afin de ralentir l’évolution vers le handicap.
Enfin, le Pr Smail Daoudi, chef de service au CHU de Tizi-Ouzou, a mis en avant la réactualisation des données nationales et l’amélioration de la couverture diagnostique à l’échelle du territoire. Il a également insisté sur la prise en compte des facteurs de risque modifiables, de l’hygiène de vie au rôle émergent du microbiote intestinal, appelant à une prévention précoce, dès l’adolescence, pour influer durablement sur l’évolution de la maladie.
De son côté, le Dr Faiza Ouahioune, directrice médicale de Biothera, a souligné l’engagement du laboratoire en faveur de la formation médicale continue et du partenariat scientifique avec les sociétés savantes nationales. « Cette masterclass, organisée sous l’égide de la SANNC, s’inscrit dans la volonté de Biothera d’accompagner la communauté neurologique algérienne dans l’actualisation des connaissances et l’amélioration de la prise en charge des maladies inflammatoires du système nerveux central, en particulier la sclérose en plaques », a-t-elle déclaré, insistant sur l’importance du dialogue entre experts et cliniciens pour favoriser un diagnostic et une prise en charge précoces.
Hassina Amrouni
