C’est une avancée scientifique majeure qui pourrait changer la donne dans la lutte contre l’un des cancers les plus redoutables. Une équipe de chercheurs dirigée par Mariano Barbacid, directeur du groupe d’oncologie expérimentale au CNIO (Centre national espagnol de recherche en cancérologie), a mis au point une trithérapie expérimentale qui redonne espoir aux patients atteints d’un cancer du pancréas, une maladie réputée pour sa résistance aux traitements et son pronostic souvent sombre.
En Algérie, le cancer du pancréas représente un enjeu de santé publique. Selon le registre de tumeurs d’Alger de 2017, le cancer du pancréas vient en 10eposition chez l’homme avec une incidence de 5.6 pour 100000, et 3.8 pour 100000 chez les femmes. Ainsi, l’incidence de ce cancer est plus élevée chez les hommes que chez les femmes. Ce cancer est particulièrement agressif, car il est souvent détecté tardivement : seuls 10 à 20 % des patients sont diagnostiqués à un stade où la tumeur peut être opérée. À cela s’ajoute une autre difficulté majeure : les traitements médicamenteux actuellement disponibles perdent rapidement leur efficacité, car les cellules tumorales développent presque toujours une résistance.
Au cœur de cette nouvelle approche thérapeutique se trouve le gène KRAS, muté chez environ 90 % des patients atteints d’un cancer du pancréas. Jusqu’à présent, les traitements ciblaient ce gène par un seul mécanisme d’action, ce qui permettait de freiner la progression de la tumeur pendant quelques mois seulement, avant que celle-ci ne reprenne sa croissance. Face à cette limite, les chercheurs du CNIO ont imaginé une stratégie radicalement différente : bloquer l’action du gène KRAS en trois points simultanément.
Pour illustrer cette approche, les scientifiques ont utilisé une métaphore simple : « Il est plus difficile pour une poutre de se briser si elle est fixée en trois points plutôt qu’en un seul. » Concrètement, la trithérapie combine trois molécules ciblant différentes voies biologiques liées à l’activité de KRAS, afin d’empêcher la tumeur de contourner le traitement par des mécanismes de résistance.
Les premiers résultats, obtenus sur des modèles animaux, sont particulièrement prometteurs. Chez des souris atteintes de tumeurs pancréatiques, la trithérapie a permis de freiner significativement la croissance tumorale, avec une efficacité supérieure à celle des traitements classiques. Surtout, les chercheurs ont observé une réduction notable de l’apparition de résistances, ce qui constitue l’un des défis majeurs dans le traitement de ce type de cancer.
Même si ces résultats doivent encore être confirmés par des essais cliniques chez l’homme, cette découverte marque une étape importante dans la recherche contre le cancer du pancréas. Elle ouvre la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques basées sur des combinaisons ciblées, capables de s’attaquer simultanément à plusieurs mécanismes clés de la maladie.
À terme, cette trithérapie pourrait non seulement améliorer la survie des patients, mais aussi transformer la prise en charge d’un cancer longtemps considéré comme l’un des plus difficiles à traiter. Pour la communauté scientifique comme pour les patients, cette avancée représente un signal fort : même face aux cancers les plus agressifs, l’innovation thérapeutique continue de progresser et d’alimenter l’espoir.
Nouhad Ourebzani
