Vaccination infantile : une couverture mondiale en stagnation depuis une décennie, alerte une vaste étude du Lancet

Publiée dans The Lancet le 25 juin 2025, une analyse d’ampleur issue du programme Global Burden of Disease Study 2023 dresse un constat préoccupant : après des décennies de progrès constants, la couverture vaccinale systématique des enfants marque le pas, et ce, bien avant la pandémie de COVID-19. Si la vaccination a permis de sauver des millions de vies depuis 1980, les données révèlent que cet élan est aujourd’hui menacé, avec des écarts persistants entre pays, régions et groupes socioéconomiques.

Cette étude, l’une des plus complètes à ce jour, couvre plus de 200 pays et territoires sur la période 1980-2023, et s’appuie sur plus de 6 000 sources de données. Elle s’intéresse à onze vaccins pédiatriques essentiels, dont ceux contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, la rougeole, la rubéole, le pneumocoque, le rotavirus ou encore le papillomavirus humain. Les auteurs y révèlent que si les années 1990 et 2000 ont été marquées par une progression spectaculaire, la décennie 2010 a vu une stagnation, voire un recul dans certaines zones à faible revenu ou en situation de conflit.

La pandémie de COVID-19 a, sans surprise, exacerbé cette tendance : perturbation des campagnes de vaccination, réaffectation des ressources, désinformation vaccinale, méfiance envers les institutions. Mais au-delà de cette crise conjoncturelle, les chercheurs pointent un affaiblissement structurel de la dynamique vaccinale dans plusieurs régions, notamment en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud et dans certains pays d’Amérique latine.

En matière de prévisions, l’étude se montre prudente. Sans un renforcement des systèmes de santé, des stratégies de rattrapage ciblées et un financement équitable, il est peu probable que les objectifs fixés dans le cadre de l’Agenda 2030 de l’Organisation mondiale de la santé soient atteints. En particulier, la couverture vaccinale universelle contre la rougeole – qui nécessiterait un taux de 95 % pour interrompre la transmission – reste hors de portée dans de nombreux pays.

Mais l’étude offre également des pistes d’action. Elle insiste sur la nécessité d’un investissement durable dans les infrastructures de santé, la formation du personnel, la lutte contre les inégalités d’accès et la réhabilitation de la confiance des populations dans la médecine préventive. Elle appelle enfin à intégrer la vaccination infantile dans une approche globale de justice sanitaire, où chaque enfant, quel que soit son lieu de naissance, puisse bénéficier de la même protection contre les maladies évitables.

Dans un monde où les progrès sanitaires ne sont jamais définitivement acquis, ce travail d’analyse sonne comme un avertissement clair : sans action politique audacieuse et coopération internationale renforcée, les acquis de quarante ans d’efforts pourraient s’effriter — au détriment des générations futures.

Nouhad Ourebzani

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