Dans le cadre de son émission « Sahtak Bin Yadik », Esseha.dz a accueilli le Pr Idir Bitam, spécialiste des maladies transmissibles et des pathologies tropicales. Le débat a porté sur le virus Mpox : ses origines, ses modes de transmission, ses symptômes, ainsi que sur le traitement, la vaccination et la prévention.
D’emblée, le spécialiste a souligné que l’appellation « variole du singe » n’est plus pertinente, car « l’infection provient aujourd’hui des rongeurs, qui sont responsables de la transmission du virus de l’animal à l’homme. Heureusement, ces rongeurs n’existent pas en Afrique du Nord, mais on les trouve en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest. »
En introduction, l’invité d’Esseha a rappelé que « c’est une pathologie ancienne : le premier cas a été détecté en 1958 dans un laboratoire d’expérimentation animale au Danemark, et le premier cas humain a été enregistré dans les années 1970, chez un enfant congolais de 11 ans. C’est à partir de ce pays, grâce aux campagnes de dépistage, que d’autres cas de contamination humaine ont été identifiés. » Le Pr Bitam a également noté « qu’entre le cas détecté en 1958 et ceux enregistrés lors des épidémies de 2022 et 2024, les variants sont différents. Le virus évolue génétiquement en fonction de l’environnement et de l’homme. »
Contrairement aux virus ARN, dont les gènes se modifient très rapidement (comme pour le Covid-19, qui a connu environ 7600 transformations génétiques depuis son apparition), l’orthopoxvirus, qui est un virus ADN, n’a enregistré que 4 transformations génétiques depuis 1958.
Selon le spécialiste, le mode de contamination de cet orthopoxvirus a radicalement changé. « Au départ, le virus se transmettait de l’animal à l’homme, tandis qu’aujourd’hui, la transmission se fait entre humains. En 2022, les populations homosexuelles étaient les plus touchées par la maladie, entraînant des décès. À cette époque, le virus s’est également propagé en Europe, où des cas ont été signalés, sans décès. En 2023, un autre génotype, le 1b, a été identifié, avec un changement total dans le mode de transmission, ne faisant plus de distinction de sexe ou d’âge, devenant ainsi une contamination environnementale », a-t-il précisé, ajoutant qu’« aujourd’hui, il est bon de savoir que tous les liquides corporels (salive, sueur, postillons, etc.) peuvent être porteurs du virus. Par exemple, si une personne contaminée utilise les transports en commun et tousse ou touche un objet, elle peut contaminer les personnes autour d’elle. »
Concernant la période d’incubation, « elle peut varier de 3 à 21 jours, ce qui permet à une personne contaminée de transmettre le virus à de nombreuses autres personnes. Le problème majeur réside dans le fait de diagnostiquer une personne pendant cette période d’incubation, où les seuls signes peuvent être une fièvre modérée ou des maux de tête, symptômes pouvant être attribués à diverses autres maladies », a-t-il affirmé. Selon lui, « les signes distinctifs sont les pustules qui apparaissent sur la peau, chaque pustule contenant des milliards de virus. Cela souligne le degré de propagation de cette pathologie ; depuis 2022 jusqu’à aujourd’hui, 16 pays africains ont été touchés par ce virus, avec 90 % des cas concentrés au Congo. Toutefois, il est à noter que 80 % des cas guérissent spontanément, sans traitement spécifique, à condition d’être isolés pour éviter la propagation du virus durant 3 à 4 semaines. »
« Dans les 20 % restants, les cas peuvent être plus graves, notamment lorsque le virus atteint le système nerveux central. Les complications peuvent être significatives et mener au décès. De janvier 2024 à aujourd’hui, nous avons enregistré 572 décès dans 13 pays africains. Plus de 20 000 cas du génotype 1b ont été détectés, des chiffres en augmentation, ce qui a incité d’autres pays à lancer des campagnes de dépistage. Par exemple, au Niger, 2 cas suspects ont été diagnostiqués, mais en l’absence d’analyses PCR, ils resteront suspects », a encore noté l’invité de « Sahtak Bin Yadik », qui a précisé qu’il y avait « plusieurs cas suspects en Algérie, mais tous les tests PCR effectués à l’Institut Pasteur se sont révélés négatifs. »
Pour ce qui est de la vaccination, le spécialiste a expliqué que « l’OMS a mené des essais cliniques sur 4 vaccins, dont deux ont été validés et sont utilisés pour les populations au Congo. Reste la validation des deux autres. » Il a également ajouté que « l’OMS prévoit d’implanter une usine de production de vaccins en Afrique. »
Enfin, concernant la prévention, le Pr Bitam a précisé que « le lavage des mains protège contre 60 % des maladies contagieuses. » Quant aux personnes effectuant des déplacements dans des régions où l’eau manque, « il a conseillé de toujours prévoir une solution hydroalcoolique pour se nettoyer les mains, et ce, systématiquement, même après une simple poignée de main. »
Hassina Amrouni
