Et si l’expression de certains gènes dans notre corps ne suivait pas une logique graduelle, mais fonctionnait comme un simple interrupteur, activé ou désactivé selon les individus et les tissus ? C’est la découverte étonnante qu’a faite une équipe de chercheurs de l’Université de Buffalo, publiée dans la revue Nature Communications en juin 2025. En analysant les profils génétiques de près d’un millier de personnes sur 27 types de tissus, les scientifiques ont identifié 473 gènes dont le comportement défie les modèles classiques : ils ne s’activent pas progressivement, mais passent brutalement de l’état “off” à l’état “on”, et vice-versa, selon des logiques propres à chaque tissu et à chaque individu.
Ce fonctionnement binaire, jusque-là négligé, pourrait jouer un rôle décisif dans le déclenchement ou la protection face à certaines maladies. Des liens ont été établis entre ces gènes à bascule et diverses pathologies, notamment des troubles immunitaires, des cancers, ou encore des altérations hormonales comme l’atrophie vaginale post-ménopausique. Dans ce dernier cas, l’inactivation du gène ALOX12 sous l’effet de la baisse des œstrogènes serait directement responsable de la fragilisation de l’épithélium vaginal chez certaines femmes, alors que d’autres restent protégées.
Au-delà du constat, cette découverte ouvre des perspectives diagnostiques et thérapeutiques prometteuses. Identifier les gènes “interrupteurs” actifs ou inactifs pourrait permettre de prédire plus finement les risques de certaines maladies, et de développer des thérapies ciblées, capables de réactiver ces gènes silencieux. Un changement de paradigme est en cours : ce n’est plus seulement la quantité d’un gène exprimé qui compte, mais aussi le fait qu’il soit allumé ou éteint. Une simple bascule moléculaire pourrait ainsi faire toute la différence entre la santé et la maladie.
Ouiza Lataman
