Essais cliniques sur le cancer : l’OMS alerte sur un déséquilibre mondial criant

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) vient de publier dans Nature Medicine une analyse inédite portant sur plus de 89 000 essais cliniques consacrés au cancer, enregistrés entre 1999 et 2022. Derrière l’ampleur impressionnante de ces données se cache une réalité préoccupante : la recherche clinique sur le cancer demeure largement concentrée dans les pays riches, laissant de vastes régions du monde à l’écart.

Plus des deux tiers des essais sont menés en Amérique du Nord, en Europe occidentale et en Asie de l’Est, tandis que l’Afrique, l’Asie du Sud-Est et la Méditerranée orientale ne concentrent ensemble qu’à peine 7 % des études. Pire encore, soixante-trois pays n’ont enregistré aucun essai, souvent parce qu’ils ne disposent ni d’infrastructures, ni de financements, ni de capacités réglementaires suffisantes.

L’écart entre l’effort de recherche et la charge réelle de la maladie prend des allures vertigineuses : dans les pays à haut revenu, on compte en moyenne 345 essais pour une unité de mortalité par cancer, contre seulement 4,2 dans les pays pauvres, soit une différence de près de 80 fois. Sur les essais en cours, ce déséquilibre est encore plus marqué, dépassant un facteur de 100.

Autre constat inquiétant : les cancers les plus meurtriers dans les pays en développement, tels que ceux du foie, de l’estomac, du pancréas ou du col de l’utérus, sont nettement sous-représentés, quand d’autres pathologies, à la mortalité moindre, bénéficient d’une attention disproportionnée.

L’étude met également en évidence les limites structurelles du système : plus de la moitié des essais impliquent moins de cent patients, moins de 15 % atteignent la phase 3, essentielle pour valider de nouvelles thérapies, et les populations les plus vulnérables — enfants et personnes âgées — restent marginalement incluses. La recherche demeure par ailleurs dominée par les médicaments, alors que la chirurgie, la radiothérapie, le diagnostic ou la prévention ne représentent qu’une minorité d’essais.

Pour l’OMS, il est urgent de corriger ces déséquilibres, en renforçant les capacités des pays à faibles ressources, en réorientant les financements vers les cancers les plus meurtriers, et en encourageant des essais plus vastes, inclusifs et collaboratifs. Cette cartographie mondiale, la plus exhaustive jamais réalisée, révèle à la fois l’extraordinaire dynamisme de la recherche en oncologie et ses profondes inégalités. Elle lance un avertissement clair : sans volonté politique et solidarité internationale, les innovations médicales qui transforment le cancer dans les pays riches risquent de rester hors de portée de millions de patients ailleurs dans le monde.

Nouhad Ourebzani

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