Le dépistage précoce ne sert pas seulement à découvrir un cancer plus tôt. Il peut aussi modifier profondément la manière de le traiter, en permettant, dans de nombreux cas, une chirurgie moins lourde et plus conservatrice. C’est le message défendu par la Pr Hamida Guendouz, cheffe d’unité de chirurgie mammaire à l’EPH Djillali-Rahmouni, ex-Les Orangers, interrogée par Esseha en marge des journées de sensibilisation et de dépistage du cancer du sein organisées les 28 et 29 septembre 2026 à la Maison de la presse Tahar-Djaout.
La chirurgie du cancer du sein n’est plus celle d’il y a vingt ou trente ans. Longtemps associée, dans l’esprit du public, à des interventions très lourdes et souvent mutilantes, elle a connu une évolution importante qui permet aujourd’hui, chaque fois que les conditions médicales le permettent, de privilégier des gestes plus ciblés et de préserver davantage le sein.
Pour la Pr Hamida Guendouz, c’est précisément là que le dépistage précoce prend tout son sens. Une tumeur découverte à un stade limité offre généralement davantage de possibilités thérapeutiques qu’une maladie diagnostiquée tardivement. « Plus on arrive tôt, plus on peut adapter la chirurgie et éviter des gestes inutilement lourds », résume en substance la spécialiste.
La cheffe d’unité de chirurgie mammaire insiste également sur le fait que la prise en charge ne se résume plus à enlever une tumeur. L’objectif est désormais de traiter le cancer tout en préservant, autant que possible, l’intégrité physique de la patiente. Les progrès de la chirurgie conservatrice et de l’oncoplastie ont ainsi profondément modifié l’approche chirurgicale, en permettant dans certaines situations de retirer la lésion tout en conservant le sein et en limitant les séquelles esthétiques.
Cette évolution concerne aussi les ganglions. Là encore, la chirurgie a gagné en précision. Certaines techniques permettent aujourd’hui d’éviter des gestes plus larges lorsqu’ils ne sont pas nécessaires et de mieux cibler les ganglions à analyser. Derrière cette évolution, l’enjeu est double : conserver l’efficacité du traitement tout en réduisant les conséquences fonctionnelles et les complications postopératoires.
Mais avant toute décision chirurgicale, la Pr Guendouz rappelle qu’il faut d’abord bien explorer la situation. L’examen clinique, l’échographie, la mammographie et, lorsqu’elle est indiquée, la biopsie permettent de préciser la nature de l’anomalie et d’orienter la prise en charge. Le choix des examens dépend notamment de l’âge, du contexte clinique et des caractéristiques de la lésion.
La spécialiste insiste aussi sur un autre point : ni l’âge ni l’existence d’autres maladies ne doivent conduire à écarter d’emblée une patiente d’une prise en charge adaptée. Chaque situation doit être évaluée individuellement. Elle cite à ce sujet l’exemple récent d’une femme âgée de 75 ans qui a pu être opérée et prise en charge, rappelant que l’âge chronologique, à lui seul, ne suffit pas à décider ce qui peut ou non être proposé.
Au fil de son intervention, un message revient avec insistance : ne pas laisser la peur retarder la consultation. Certaines femmes hésitent encore à se faire examiner par crainte de découvrir une maladie grave. Pour la Pr Guendouz, cette peur peut avoir l’effet inverse de celui recherché, car attendre réduit les possibilités de prise en charge et augmente le risque de découvrir la maladie à un stade plus avancé.
C’est aussi pour cette raison que la spécialiste accorde une importance particulière au rôle des médias. Les journalistes, estime-t-elle, peuvent contribuer à rapprocher l’information médicale de la population, à déconstruire certaines idées reçues et à encourager les femmes à se faire examiner sans attendre l’apparition de signes inquiétants.
Les journées organisées les 28 et 29 septembre à la Maison de la presse Tahar-Djaout, au profit des femmes journalistes et des travailleuses du secteur de la communication, s’inscrivent dans cette logique. Portées par la direction de la Maison de la presse Tahar-Djaout et le journal électronique Esseha.dz, sous le parrainage des ministères de la Communication et de la Santé, elles associent sensibilisation, proximité et dépistage.
Pour la Pr Hamida Guendouz, la médecine dispose aujourd’hui de moyens plus précis et de stratégies chirurgicales moins agressives qu’autrefois. Mais le facteur temps reste déterminant : plus le cancer du sein est détecté tôt, plus les médecins disposent de marges pour proposer une prise en charge adaptée, et plus les chances de préserver le sein et de limiter la lourdeur des traitements sont importantes.
Tinhinane B
