La participation de spécialistes algériens au 21ᵉ Congrès maghrébin de radiologie et d’imagerie médicale, organisé les 6 et 7 novembre 2026 à Nouakchott, en Mauritanie, illustre la place de l’expertise médicale nationale dans les échanges scientifiques régionaux. Cette rencontre, consacrée notamment à l’intelligence artificielle, au diagnostic des cancers et aux nouvelles techniques de radiologie interventionnelle, a permis de mettre en discussion des évolutions qui transforment progressivement les pratiques médicales et les possibilités de prise en charge des patients.
Organisé par la Société mauritanienne de radiologie et d’imagerie médicale, sous le haut patronage de la ministre mauritanienne de la Santé, le congrès a réuni des praticiens et des experts venus d’Algérie et d’autres pays d’Afrique du Nord, ainsi que des spécialistes africains et européens. Durant deux journées, les participants ont abordé plusieurs aspects de l’imagerie moderne, depuis le dépistage et le diagnostic des pathologies jusqu’aux interventions thérapeutiques réalisées sous guidage radiologique.
Parmi les spécialistes algériens figurant au programme, le professeur Mustapha Boubrit, connu notamment pour ses travaux en imagerie mammaire et son parcours hospitalo-universitaire au CHU de Béni Messous, à Alger. Il est intervenu sur l’utilisation de l’intelligence artificielle en sénologie, ainsi que sur les progrès technologiques et les innovations dans l’imagerie du sein. Il a également participé à la modération d’une session scientifique consacrée à l’intelligence artificielle.
Ces thématiques occupent une place croissante dans la lutte contre le cancer du sein. Les nouvelles technologies permettent d’améliorer l’analyse des examens radiologiques et de faciliter l’identification de certaines anomalies suspectes. L’intelligence artificielle peut notamment assister le radiologue dans la lecture des mammographies, sans toutefois se substituer à son expertise ni aux investigations complémentaires nécessaires à l’établissement d’un diagnostic.
Au-delà des communications individuelles, la présence de praticiens algériens à cette rencontre souligne l’intérêt des échanges entre les équipes médicales de la région. Le partage des connaissances, des expériences cliniques et des pratiques de formation constitue un levier important pour accompagner l’évolution de spécialités fortement dépendantes des progrès technologiques.
L’un des principaux enjeux abordés à Nouakchott concerne précisément l’intégration de l’intelligence artificielle dans les services de radiologie. Les discussions ont porté sur ses applications en imagerie mammaire et digestive, mais également sur le développement d’outils adaptés aux besoins des systèmes de santé et sur la formation des professionnels appelés à les utiliser.
Cette dimension mérite une attention particulière en Algérie, où l’amélioration de l’accès au diagnostic ne dépend pas uniquement de l’acquisition d’équipements performants. Elle suppose également la disponibilité de personnels qualifiés, la maintenance des appareils, l’organisation des services et la réduction des délais d’attente pour les examens spécialisés.
La radiologie interventionnelle a constitué un autre volet majeur du programme. Cette discipline permet de traiter certaines pathologies par des gestes peu invasifs, réalisés sous contrôle de l’imagerie médicale. Les communications ont notamment porté sur la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux ischémiques, le traitement de certaines malformations vasculaires, l’hémorragie du post-partum et les techniques utilisées contre certaines tumeurs.
Parmi ces approches figurent la chimioembolisation hépatique, qui permet d’administrer un traitement anticancéreux directement au niveau des vaisseaux alimentant certaines tumeurs du foie, et la thermoablation par micro-ondes, destinée à détruire des tissus tumoraux par la chaleur. Ces procédures peuvent, dans des situations bien définies, offrir des alternatives moins invasives à certaines interventions chirurgicales.
La prise en charge des accidents vasculaires cérébraux a également retenu l’attention des participants. L’imagerie joue aujourd’hui un rôle déterminant dans l’identification des occlusions artérielles cérébrales et dans la sélection des patients susceptibles de bénéficier d’une thrombectomie mécanique, une intervention permettant, dans certaines conditions, de retirer un caillot sanguin à l’aide d’un dispositif introduit dans les vaisseaux.
Le congrès a par ailleurs consacré plusieurs communications à l’imagerie des cancers digestifs, notamment ceux du foie, de l’estomac, du côlon et du rectum. L’utilisation de l’imagerie par résonance magnétique avant et après certains traitements du cancer du rectum a fait l’objet d’une attention particulière, en raison de son importance dans l’évaluation de la réponse thérapeutique et l’orientation des décisions médicales.
Les urgences pédiatriques, thoraciques et digestives ont également été abordées, tout comme les urgences gynécologiques et cardiologiques. Cette diversité des thèmes témoigne de la place désormais incontournable de l’imagerie dans de nombreuses spécialités médicales.
Pour les spécialistes algériens, ces rencontres constituent des occasions de confronter leurs pratiques à celles d’autres équipes, de suivre les évolutions technologiques et de développer des relations scientifiques susceptibles de favoriser la formation et les échanges professionnels.
L’enjeu dépasse toutefois la seule participation aux manifestations scientifiques internationales. Il concerne aussi la capacité des établissements de santé à intégrer les innovations dans la pratique quotidienne et à en faire bénéficier les patients, notamment dans les régions où l’accès aux examens spécialisés reste plus difficile.
En réunissant des experts autour des progrès de l’intelligence artificielle et de la radiologie interventionnelle, le congrès de Nouakchott a ainsi remis en évidence une évolution majeure de la médecine contemporaine : l’imagerie médicale n’est plus seulement un outil permettant de voir et de diagnostiquer, elle intervient de plus en plus directement dans le choix et la réalisation des traitements. Une transformation à laquelle les compétences médicales algériennes peuvent contribuer, à travers la recherche, la formation et la coopération scientifique.
Amina Azoune
