Dans leur Dictionnaire de psychanalyse, Laplanche et Pontalis définissent le « déni » (de la réalité) comme étant « le refus par le sujet de reconnaître la réalité d’une perception traumatisante ».
Dans le cas de l’anorexie mentale, le déni, tel que l’explique le psychologue, psychanalyste et universitaire, Norbert Sillamy, se traduit par une « insouciance presque provocante » de l’adolescente « face à (son) dépérissement physique ».
Il n’y a pas que l’anorexique qui est dans le déni, les parents peuvent l’être aussi. Ils passent très souvent à côté du mal-être de leur enfant et, pire, ils sont parfois les derniers à voir ce qui se passe. En fait, face à la « descente aux enfers » de leur enfant anorexique, les parents culpabilisent car ils se sentent démunis, aussi nombreux sont ceux qui refusent de croire leur enfant malade. Cela est renforcé par l’attitude de l’adolescente qui multiplie les mensonges, les cachoteries et les subterfuges avec l’entourage lorsqu’on l’invective ou la questionne sur son alimentation. Cette dernière a toujours tendance à donner des arguments rationnels (hygiène de vie, choix esthétique, …) pour justifier ses choix. Un comportement manipulateur (bien malgré elle) qui lui confère un sentiment de contrôle et de maîtrise de soi.
L’anorexique qui est dans le déni ignore donc qu’elle est malade. Lorsqu’elle se regarde dans le miroir, elle ne se voit pas telle qu’elle est réellement. L’image qui lui est renvoyée est celle d’une fille grosse, alors qu’elle a déjà amorcé une chute pondérale très inquiétante. Cette fausse perception de son corps, l’amène à sans cesse être dans le contrôle de son image, en restreignant sa nourriture. Les spécialistes expliquent que « le déni de l’image de son corps, un gros corps représente pour l’anorexique, un trop plein de désir d’appétit de pulsions. Elle continue de se voir grosse dans le miroir ». Et plus, on voudra lui faire prendre conscience qu’elle est dans l’erreur, que son poids est bas et qu’elle met sa vie en danger, plus, elle va persister dans son attitude, jubilant intérieurement de tout contrôler.
Lorsque les parents décident de faire consulter leur enfant par un médecin, souvent après la survenue de problèmes métaboliques (ils sont nombreux !!) dus à la perte de poids, c’est souvent le choc quand tombe le diagnostic. Ce qu’ils ignoraient ou feignaient d’ignorer depuis des mois voire des années est là, en face de leurs yeux : leur enfant est malade, gravement malade et, dès cet instant, chaque minute compte. C’est littéralement une course contre la mort.
Pendant ce temps, l’anorexique qui est encore dans son déni refuse de se considérer comme étant malade. Là encore, il va tenter de jouer son plus beau rôle : celui de manipulateur, en tentant de faire admettre sa propre thèse. Ce comportement rend souvent la prise en charge du patient difficile et compliquée.
D’où l’importance du premier contact avec le médecin ou praticien car il détermine la nature de la prise en charge du patient. Le lien entre le malade et son soignant doit être presque immédiat voire naturel. Un climat de confiance doit s’installer de façon spontanée, pour cela, « le praticien se doit d’être empathique, sans jugement, comprenant la souffrance et la gravité des peurs attachées à l’anorexie, en particulier la peur intense de grossir qui existe malgré la maigreur et la perturbation importante de la perception de l’image du corps. Cette première consultation doit affirmer le diagnostic d’anorexie mentale devant la personne (et sa famille avec son accord) », expliquent les experts.
Le processus de guérison reste néanmoins difficile, semé d’embûches mais surtout très long (il dure plusieurs années). Les récidives sont fréquentes, certains cas développent une chronicité de la maladie. Malheureusement, il y a aussi des décès d’où l’importance d’une prise en charge précoce, dès l’apparition des premiers signes.
Kamir B.
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