Beaucoup ne savent pas ce qu’est l’anorexie mentale. D’autres en ont entendu parler mais en minimisent la gravité. Pourtant, ce trouble du comportement alimentaire (TCA) classé dans la catégorie des troubles psychiatriques fait des dégâts notamment chez les adolescents (es).
L’anorexie, dérivatif du mot grec « anorexia » signifie « perte d’appétit ». Si, en médecine, elle renvoie à une altération de l’état général et ce, pour diverses raisons (cancer, infection bactérienne, trouble du métabolisme…), en psychiatrie, on parle plutôt d’anorexie mentale (anorexia nevrosa) et elle se caractérise par une privation volontaire de nourriture pour éviter toute prise de poids.
Touchant 9 fois sur 10 des filles et des jeunes femmes entre 12 et 25 ans – mais parfois aussi des femmes plus âgées voire ménopausées -, l’anorexie mentale touche également de plus en plus de sujets masculins.
On ne connaît pas encore les causes de l’anorexie mentale, certains scientifiques ont émis des hypothèses complexes et parfois même controversées (causes génétiques, neurologiques…). On sait néanmoins que c’est un trouble qui concerne toutes les couches sociales et qu’il est souvent induit par la mode, le culte de l’image et les imitations entre les jeunes adolescents. Mais derrière ces restrictions, il faut également rechercher une histoire personnelle dans l’environnement proche (famille ou amis) ou encore des événements déclenchants (décès d’un proche, divorce des parents, échec scolaire ou encore remarque désobligeante sur le physique…). Généralement, l’anorexique refuse son corps et les transformations qui s’y produisent et tente d’effacer les caractères sexuels secondaires (pilosité, seins, …) pour rester un éternel enfant.
Outre ce désir de contrôle de soi et de ses émotions, les anorexiques sont souvent des personnes perfectionnistes, hyperactives et brillantes qui souffrent néanmoins d’un manque de confiance en soi et ont du mal à affirmer leur indépendance. L’anorexie devient alors leur moyen de communication et de défense pour protéger leurs sentiments et leur peur inconsciente du monde adulte. Cette restriction alimentaire provoque alors une sensation de maîtrise et de contrôle à la fois du corps et de l’esprit.
Le trouble commence, le plus souvent par un régime alimentaire qui, au fil du temps, devient de plus en plus strict et contraignant. Un rituel s’installe avec le tri des aliments à bannir et d’autres à privilégier. Quand elle le peut, l’adolescente évite les repas familiaux car ils sont souvent source de conflits avec les parents ou encore source d’angoisse, elle saute souvent les repas pour ne pas prendre de poids. L’anorexique éprouve, par contre beaucoup de plaisir à faire la cuisine pour ses proches et pendant qu’eux dégustent ses préparations, elle -qui ne mange pas-, éprouve une immense satisfaction intérieure. Mais s’il lui arrive de partager ce moment avec ses proches et de se faire plaisir, elle va immédiatement recourir à des comportements compensatoires comme se faire vomir, utiliser des laxatifs ou encore faire une activité physique très intense pour éviter la perte de poids. C’est ce qu’on appelle la boulimie mentale.
Lorsqu’elle atteint une insuffisance pondérale, l’anorexique manifeste toujours la même crainte de prendre du poids ou de grossir, un cercle vicieux qui ne fait qu’altérer sa propre perception de son corps. En effet, quand elle se regarde dans le miroir, l’adolescente ne se voit pas telle qu’elle est dans la réalité, elle se voit grosse (dysmorphophobie). L’adolescente multiplie les pesées (parfois jusqu’à 10 fois par jour) pour guetter le moindre gramme qui viendrait peser dans la balance. L’intérêt pour les valeurs énergétiques des aliments tourne alors à l’obsession et la perte excessive de kilos qui en découle la plonge dans une certaine satisfaction car elle lui donne la sensation d’une plus grande maîtrise de soi.
Quand on parle de perte pondérale chez l’anorexique, il faut l’estimer entre 20, 30 voire même 50 % du poids initial. Et cela n’est pas sans conséquences fâcheuses sur le métabolisme, la première étant l’apparition d’une aménorrhée (disparition des règles), mais aussi de diverses carences en vitamines, minéraux comme le calcium, ce qui entraîne une fragilité osseuse (ostéoporose), pâleur extrême, chute de cheveux, insomnie, hypoglycémie, frisolité, déchaussement dentaire, chute de tension, perte de la masse musculaire, surpilosité, problèmes rénaux, problèmes cardiaques,…etc
Sur le plan social, l’adolescente s’isole de plus en plus, se coupant de ses amis et entrant souvent dans des conflits familiaux.
Considéré comme l’un des plus graves troubles alimentaires, pouvant même aller jusqu’à la mort, la prise en charge de l’anorexie mentale est longue et difficile. La principale difficulté réside dans le refus de l’adolescente de toute aide ou traitement car ne se considérant pas malade. Un état de déni qui est souvent partagé par l’entourage familial (parents).
Quoi qu’il en soit, la prise en charge se base sur deux volets, à savoir la reprise du poids pour éviter les graves problèmes métaboliques (ostéoporose, aménorrhée, retard de croissance,…) mais aussi sur le volet psychologique ou psychiatrique afin d’aider l’adolescente à mieux accepter son corps et à se réconcilier avec lui.
On estime qu’un tiers des cas évoluent vers la guérison, un tiers vers la chronicité et un tiers vers l’aggravation progressive.
Il faut noter que le taux de mortalité se situe aux alentours de 10 %. Il s’agit, en fait, de la maladie psychiatrique la plus mortelle. D’où l’importance de bien prendre en charge rapidement votre enfant lorsqu’elle présente les signes de ce trouble alimentaire et de ne surtout pas en minimiser les risques.
Hassina Amrouni
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