Alors que la prothèse totale du genou s’est imposée comme la solution de référence dans les formes avancées de gonarthrose, une communication présentée à Istanbul vient bousculer cette évidence clinique. Lors du 2ᵉ Congrès national de la Turkish Hip Preservation Society et du SICOT Sports Meeting, le professeur Ismail Ghadi, chirurgien orthopédiste spécialiste du genou et secrétaire général de la Société algérienne de chirurgie orthopédique et traumatologique (SAGHA), a rappelé que la chirurgie conservatrice n’a pas dit son dernier mot, y compris au stade III de la classification d’Ahlbäck.
Ce stade, souvent considéré comme un point de bascule vers le traitement radical, demeure pourtant une zone grise sur le plan thérapeutique. En l’absence de consensus international clair, de nombreux chirurgiens continuent de s’interroger sur l’opportunité de préserver l’articulation chez des patients atteints de gonarthrose fémoro-tibiale associée à un genu varum, plutôt que de recourir d’emblée à une arthroplastie totale.
À travers une étude prospective de grande ampleur, menée sur 220 patients entre 2008 et 2020, le Pr Ghadi a comparé les résultats de l’ostéotomie tibiale de valgisation à ceux de la prothèse totale du genou. L’évaluation, fondée sur des critères cliniques, fonctionnels et radiologiques, s’est appuyée sur plusieurs scores de référence internationaux, notamment HSS-Insall, IKS et KSS.
Les résultats présentés sont sans appel : au dernier recul, l’ostéotomie tibiale affiche 88 % de très bons résultats selon le score HSS-Insall et 92 % selon le score IKS genou, contre 76 % de très bons résultats pour la prothèse totale du genou, avec un score moyen de 86 points. Des données qui interrogent la place accordée aux techniques dites de réaxation, souvent reléguées au second plan face aux progrès constants de l’arthroplastie.
L’analyse des scores fonctionnels met en évidence une amélioration significative dans les deux groupes, avec des performances globalement comparables à celles rapportées dans la littérature internationale. Mais au-delà des chiffres, l’intérêt de l’ostéotomie tibiale réside dans sa philosophie : corriger l’axe mécanique, soulager le compartiment atteint et retarder, sans l’exclure, le recours à une prothèse.
Selon le Pr Ghadi, l’ostéotomie tibiale présente un avantage stratégique majeur : elle préserve le capital articulaire et n’hypothèque pas la possibilité d’une arthroplastie ultérieure, laquelle offre certes une récupération fonctionnelle plus rapide, mais s’accompagne de contraintes postopératoires plus lourdes, en particulier chez des patients encore actifs.
En remettant en perspective les indications de la prothèse totale du genou au stade III de la gonarthrose, cette communication invite à une approche plus nuancée et individualisée. Elle rappelle que, même à l’ère des implants de dernière génération, la chirurgie orthopédique ne se résume pas à remplacer l’articulation, mais aussi à savoir, lorsque cela est pertinent, la préserver.
Tinhinane B
