Une équipe de chercheurs menée par le Pr Jens Dietrich (Université de Bonn) a dévoilé une avancée majeure dans la lutte contre l’asthme sévère : un composé expérimental, ciblant la protéine Gq, parvient à empêcher le remodelage des voies respiratoires – une complication chronique responsable du déclin irréversible de la fonction pulmonaire. Les résultats, publiés dans la revue Molecular Therapy en juillet 2025, ouvrent la voie à une nouvelle génération de traitements capables de freiner l’évolution structurelle de la maladie.
Le remodelage bronchique, caractérisé par un épaississement des parois, une accumulation de collagène et une production excessive de mucus, reste aujourd’hui la principale cause de l’aggravation des formes sévères d’asthme. Aucun traitement actuel, y compris les corticoïdes inhalés, ne permet de stopper ce processus. La molécule testée, appelée FR900359, agit directement sur la protéine Gq, un régulateur central de la signalisation cellulaire impliquée dans l’hyperplasie musculaire et la fibrose pulmonaire.
Dans un modèle murin d’asthme allergique, l’administration pulmonaire prolongée de FR900359 a significativement réduit les marqueurs de remodelage : diminution des dépôts de collagène, normalisation de l’activité des cellules productrices de mucus (caliciformes), et stabilisation de la structure des voies aériennes. Les effets se sont prolongés plusieurs jours après l’arrêt du traitement.
Les tests effectués sur des cellules humaines in vitro ont confirmé ces résultats : le médicament a inhibé la prolifération des fibroblastes pulmonaires et limité la sécrétion de mucus dans des cultures bronchiques issues de patients asthmatiques. Ce ciblage pharmacologique de Gq, au lieu de ses récepteurs en amont, offre un avantage décisif : une action large, durable, et moins exposée aux phénomènes de résistance.
L’étude reste à ce stade préclinique, mais les auteurs se montrent optimistes. « Nous ne traitons pas seulement les symptômes inflammatoires de l’asthme, mais pour la première fois, nous agissons sur les altérations anatomiques responsables de l’aggravation de la maladie », explique le Pr Dietrich. Des essais cliniques sont attendus dans les prochaines années pour évaluer la tolérance et l’efficacité de ce traitement chez l’humain.
Ouiza Lataman
