Le 28 mai marque deux rendez-vous mondiaux majeurs consacrés à la santé et à la dignité des femmes : la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle et la Journée internationale d’action pour la santé des femmes. Deux occasions de rappeler que l’accès à l’information, aux soins et aux produits d’hygiène demeure un enjeu de santé publique, mais aussi de justice sociale et d’égalité.
Créée en 2014, la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle vise à briser les tabous liés aux règles et à sensibiliser les sociétés aux difficultés rencontrées par des millions de femmes et de jeunes filles dans le monde. Le choix de la date du 28 mai renvoie symboliquement à la durée moyenne du cycle menstruel, soit 28 jours, ainsi qu’aux cinq jours moyens des menstruations représentés par le cinquième mois de l’année.
En Algérie, les efforts de sensibilisation autour de la santé menstruelle prennent progressivement de l’ampleur. Longtemps considéré comme un sujet sensible ou tabou, le débat sur l’hygiène menstruelle gagne aujourd’hui en visibilité grâce aux campagnes menées par les institutions sanitaires, les associations féminines et les organisations internationales partenaires du pays.
À l’occasion de la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle 2025, le ministère de la Santé et le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) ont organisé une rencontre nationale sous le slogan : « Ensemble pour un monde respectueux de la menstruation ». Cette initiative a mis l’accent sur la nécessité de considérer la santé menstruelle comme une priorité de santé publique et un droit fondamental des femmes.
Les responsables de l’UNFPA en Algérie ont notamment salué les efforts engagés pour améliorer la prise en charge des problématiques liées à l’endométriose et pour encourager une meilleure écoute des femmes souffrant de douleurs menstruelles chroniques. L’organisation onusienne a également réaffirmé son engagement à accompagner l’Algérie dans la mise en œuvre de programmes de santé reproductive et de lutte contre la désinformation entourant les menstruations.
Au-delà des campagnes institutionnelles, plusieurs initiatives nationales ont été lancées afin de favoriser une meilleure éducation sanitaire des adolescentes. En mai 2025, la Fondation du Forum de la Femme Algérienne, en partenariat avec la marque Molped, a lancé une campagne nationale baptisée « It’s My Right » visant à promouvoir une culture du dialogue autour de la santé menstruelle et de la puberté. Cette action entend notamment sensibiliser les jeunes filles aux bonnes pratiques d’hygiène et lutter contre les idées reçues qui entourent encore les règles dans certains milieux sociaux.
Les spécialistes de santé rappellent que la précarité menstruelle peut avoir des conséquences directes sur la scolarité, la santé psychologique et la dignité des jeunes filles. Selon plusieurs organisations internationales, le manque d’accès aux produits d’hygiène ou à des installations sanitaires adaptées demeure un facteur aggravant des inégalités sociales et des risques d’infections.
Dans ce contexte, l’Algérie poursuit parallèlement ses efforts pour améliorer globalement la santé des femmes. Le pays a renforcé au cours des dernières années ses infrastructures sanitaires de proximité ainsi que l’accès aux soins de santé reproductive, notamment à travers les consultations spécialisées, les campagnes de dépistage du cancer du sein et du col de l’utérus, ainsi que les programmes de suivi maternel et infantile.
Chaque année, des campagnes nationales de prévention et de sensibilisation sont également organisées dans différentes wilayas afin de promouvoir le dépistage précoce des maladies chroniques et des cancers féminins. Les opérations « Octobre Rose » consacrées au cancer du sein mobilisent ainsi associations, établissements de santé, universités et acteurs économiques autour d’un objectif commun : renforcer la prévention et encourager les femmes à consulter précocement.
Les acteurs associatifs estiment toutefois que de nombreux défis restent à relever, notamment en matière d’éducation à la santé reproductive, d’accès équitable aux produits d’hygiène et de lutte contre les stigmatisations sociales. Plusieurs organisations plaident pour une intégration plus importante de l’éducation menstruelle dans les établissements scolaires et pour des campagnes permanentes destinées aux adolescents et aux familles.
À travers la célébration du 28 mai, l’Algérie réaffirme ainsi sa volonté de renforcer les politiques de prévention, d’améliorer l’accompagnement sanitaire des femmes et de faire évoluer les mentalités autour de sujets longtemps restés dans le silence. Une dynamique qui place désormais la santé menstruelle et reproductive au cœur des enjeux de santé publique et de développement humain.
Nouhad Ourebzani
