L’ophtalmologie algérienne a perdu, ce mercredi 30 septembre 2026, l’une de ses grandes figures. Le professeur Dahbia Hartani, ancienne cheffe du service d’ophtalmologie du CHU Mustapha-Pacha d’Alger, s’est éteinte après une carrière de plusieurs décennies consacrée aux soins, à l’enseignement et à la formation de générations de spécialistes. Son nom reste notamment associé au développement de la greffe de cornée en Algérie.
La disparition du professeur Dahbia Hartani dépasse le cercle de ses anciens collègues et élèves. Elle marque le départ de l’une des personnalités qui ont accompagné la construction et le développement de l’ophtalmologie hospitalo-universitaire algérienne durant près d’un demi-siècle.
Les archives officielles permettent de mesurer l’ancienneté de ce parcours. Dès 1978, Dahbia Hartani figurait parmi les membres des jurys d’examens universitaires en ophtalmologie, à une époque où la spécialité était encore en pleine structuration en Algérie. Elle allait par la suite occuper durablement une place importante dans la formation des médecins spécialistes et dans les instances hospitalo-universitaires.
Au fil des années, le Pr Hartani s’imposa comme l’une des références de l’ophtalmologie nationale. Elle dirigea notamment le service d’ophtalmologie du CHU Mustapha-Pacha d’Alger, l’un des principaux pôles de formation et de prise en charge du pays, où plusieurs générations de médecins ont bénéficié de son enseignement.
Son parcours dépassa cependant largement les murs de son service. En mars 1995, elle fut nommée secrétaire générale de la Commission de coordination hospitalo-universitaire nationale, fonction qui témoignait de son implication dans l’organisation de la médecine universitaire algérienne.
Elle continua parallèlement à jouer un rôle central dans la formation spécialisée. Plusieurs années plus tard, son nom apparaît encore à la présidence de jurys nationaux d’ophtalmologie, signe d’une carrière marquée autant par la pratique médicale que par la transmission du savoir.
Le nom de Dahbia Hartani demeure également indissociable du développement de la greffe de cornée en Algérie. Elle fut notamment présidente du Comité national de la greffe de cornée et participa aux efforts ayant permis de développer cette activité dans les établissements hospitaliers algériens.
Lors d’un hommage qui lui avait été rendu à l’occasion de son départ à la retraite, elle avait été présentée comme la première femme professeur en ophtalmologie en Afrique. Ses confrères et anciens élèves avaient alors rappelé son rôle dans la formation de nombreux spécialistes, mais aussi son engagement dans la prise en charge des patients et le développement de nouvelles pratiques thérapeutiques.
Son activité scientifique et médicale ne se limita pas à la chirurgie. Au cours de sa carrière, elle intervint régulièrement sur des problématiques majeures de santé oculaire, notamment le glaucome, les maladies inflammatoires de l’œil, la cataracte ou encore certaines pathologies pédiatriques graves.
Elle n’hésitait pas non plus à alerter sur les limites matérielles auxquelles étaient confrontés les médecins algériens. Encore en 2014, elle soulignait les difficultés rencontrées dans la prise en charge de certaines maladies oculaires de l’enfant lorsque les équipements nécessaires faisaient défaut, tout en insistant sur la qualité de la formation des spécialistes algériens.
Sa reconnaissance avait également dépassé les frontières nationales. Dahbia Hartani figurait parmi les membres d’honneur de la Société française d’ophtalmologie, aux côtés de personnalités reconnues de la discipline à l’échelle internationale.
Mais derrière les fonctions, les publications scientifiques et les distinctions, son héritage se mesure probablement davantage encore à travers les médecins qu’elle a formés. Dans une spécialité où la transmission des gestes, de l’expérience clinique et de la rigueur diagnostique joue un rôle essentiel, plusieurs générations d’ophtalmologues algériens ont été marquées directement ou indirectement par son enseignement.
Avec le décès du Pr Dahbia Hartani, ce mercredi 30 septembre 2026, disparaît ainsi l’une des pionnières de l’ophtalmologie algérienne moderne. Son parcours appartient désormais à l’histoire de la médecine nationale, mais son empreinte demeure dans les services hospitaliers, auprès des praticiens qu’elle a formés et, à travers eux, auprès de milliers de patients.
Tinhinane B
