À l’occasion de la journée internationale de mobilisation contre le virus du papillome humain (HPV), célébrée chaque 4 mars , les autorités sanitaires rappellent que le cancer du col de l’utérus est l’un des rares cancers que l’on peut prévenir efficacement grâce à des mesures simples, accessibles et scientifiquement validées. Vaccination, dépistage précoce et traitement rapide des lésions précancéreuses constituent les trois piliers d’une stratégie mondiale qui vise, à terme, son élimination comme problème de santé publique.
Selon les dernières données publiées par l’Organisation mondiale de la Santé, le cancer du col de l’utérus a provoqué environ 660 000 nouveaux cas et près de 350 000 décès dans le monde. Il demeure l’un des cancers les plus fréquents chez les femmes, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, où l’accès au dépistage et au traitement reste limité. Presque tous les cas sont liés à une infection persistante par certains types de HPV, virus extrêmement répandu transmis principalement par contact intime.
Face à ce constat, l’OMS a lancé une stratégie mondiale d’élimination articulée autour de l’objectif dit 90-70-90 à atteindre d’ici 2030. L’ambition est que 90 pour cent des filles soient entièrement vaccinées contre le HPV avant l’âge de 15 ans, que 70 pour cent des femmes soient dépistées à l’aide d’un test performant à 35 et 45 ans, et que 90 pour cent des femmes présentant des lésions précancéreuses ou un cancer reçoivent un traitement approprié. Les projections indiquent que la réalisation de ces cibles pourrait éviter des millions de décès au cours des prochaines décennies.
Le continent africain concentre aujourd’hui une part disproportionnée du fardeau mondial. Toujours selon les chiffres de l’OMS, l’Afrique enregistre les taux de mortalité les plus élevés liés à ce cancer. Près d’un quart des décès mondiaux y sont recensés, alors même que la population du continent ne représente qu’une fraction de la population mondiale féminine. Cette situation s’explique par un accès encore insuffisant à la vaccination, au dépistage organisé et aux traitements spécialisés.
La vaccination contre le HPV constitue pourtant l’outil le plus puissant de prévention. Administrée avant l’exposition au virus, idéalement entre 9 et 14 ans, elle protège contre les types de HPV responsables de la majorité des cancers du col de l’utérus. Ces dernières années, l’introduction du vaccin dans les programmes nationaux de vaccination s’est accélérée en Afrique avec l’appui de partenaires internationaux comme Gavi, l’Alliance du Vaccin, qui soutient financièrement et logistiquement de nombreux pays à revenu faible. Des millions de jeunes filles ont ainsi été vaccinées, et la couverture progresse, même si elle reste encore en deçà des objectifs fixés.
Le dépistage précoce représente le deuxième pilier de la stratégie. Les tests HPV et les examens de dépistage permettent d’identifier des lésions précancéreuses avant qu’elles n’évoluent vers un cancer invasif. Lorsqu’elles sont détectées à temps, ces lésions peuvent être traitées rapidement et efficacement, ce qui réduit de manière drastique le risque de progression. Le traitement rapide des lésions précancéreuses et des cancers à un stade précoce complète ce dispositif et améliore significativement les chances de survie.
Au-delà des outils médicaux, la sensibilisation des populations demeure un levier essentiel. Les idées fausses autour du vaccin, la peur du dépistage ou le manque d’information freinent encore l’adhésion de nombreuses familles. Les campagnes de communication, l’implication des professionnels de santé et le travail avec les communautés locales jouent un rôle déterminant pour lever ces obstacles.
Les experts estiment que l’élimination du cancer du col de l’utérus est à portée de main si les engagements politiques et financiers sont maintenus. Les instruments existent, les preuves scientifiques sont solides et les résultats observés dans les pays ayant atteint une forte couverture vaccinale sont encourageants. La mobilisation actuelle rappelle que la prévention n’est pas seulement une option, mais une responsabilité collective pour garantir aux générations futures une vie libérée d’un cancer largement évitable.
Nouhad Ourebzani
