Les effluents liquides hospitaliers, un défi majeur de santé publique : l’INSP publie un guide pratique pour protéger l’eau, l’environnement et la population

 

L’Institut national de santé publique (INSP), à travers l’Observatoire régional de la santé d’Oran (ORS Ouest), vient de publier l’édition 2026 du Guide pratique de gestion des effluents liquides des établissements de santé, un document scientifique de référence qui place la maîtrise des eaux usées hospitalières au cœur des politiques de santé publique et de protection de l’environnement.

Ce guide rappelle que les établissements de santé, dont la mission première est de soigner, figurent également parmi les plus grands consommateurs d’eau. Selon les données compilées par les auteurs, un hôpital utilise entre 400 et 1 200 litres d’eau par lit et par jour, générant ainsi des volumes importants d’effluents liquides particulièrement complexes, mêlant contaminants biologiques, chimiques et parfois radioactifs.

Les spécialistes soulignent que ces rejets ne peuvent plus être considérés comme de simples eaux usées. Ils renferment notamment des bactéries pathogènes, des virus, des parasites, des résidus de médicaments, des antibiotiques, des produits de désinfection, des métaux lourds, des substances cytotoxiques ainsi que des radioéléments provenant de certains services spécialisés. Leur composition varie selon les activités hospitalières, allant des blocs opératoires aux laboratoires, en passant par les services d’hémodialyse, de médecine nucléaire, de radiologie, les pharmacies hospitalières et les morgues.

Le document attire particulièrement l’attention sur les micropolluants émergents. Contrairement aux eaux usées urbaines classiques, les effluents hospitaliers peuvent contenir des substances biologiquement actives à des concentrations 10 à 100 fois plus élevées, susceptibles de persister dans l’environnement malgré leur passage dans les stations d’épuration. Certaines molécules pharmaceutiques, comme la carbamazépine, présentent un taux d’élimination inférieur à 30 %, ce qui favorise leur accumulation dans les milieux aquatiques. Les auteurs rappellent également les travaux du projet européen PHARMAS, qui ont mis en évidence un « effet cocktail », c’est-à-dire une toxicité résultant de l’association de plusieurs molécules présentes simultanément dans l’eau, avec une vulnérabilité particulière des embryons et des nourrissons.

Le guide insiste aussi sur le rôle potentiel des eaux usées hospitalières dans la propagation de l’antibiorésistance, aujourd’hui considérée comme l’une des plus grandes menaces sanitaires mondiales. Les effluents peuvent contenir des bactéries multirésistantes, des gènes de résistance aux antibiotiques ainsi que de nombreux microorganismes pathogènes susceptibles de survivre aux traitements conventionnels. Parmi les agents identifiés figurent des coliformes, salmonelles, staphylocoques, pseudomonas, acinetobacter, mais aussi des virus tels que ceux des hépatites, les rotavirus, le VIH ou encore le SARS-CoV-2.

Sur le plan physicochimique, les auteurs décrivent des eaux usées hospitalières caractérisées par une forte charge organique, des concentrations élevées en matières en suspension, une conductivité importante, une faible teneur en oxygène dissous ainsi que des niveaux élevés de demande chimique et biologique en oxygène (DCO et DBO₅), témoignant d’une pollution significative nécessitant un traitement adapté avant tout rejet dans le milieu naturel.

Le guide rappelle également quelques chiffres mondiaux particulièrement préoccupants. Plus de 80 % des eaux usées sont rejetées dans l’environnement sans traitement,  une situation responsable de plus de 800 000 décès chaque année et de la dégradation de plus de 245 000 km² d’écosystèmes marins. Les auteurs soulignent que la simple dilution des effluents hospitaliers dans les réseaux d’assainissement ne supprime pas les risques sanitaires et environnementaux, notamment pour les substances peu biodégradables qui peuvent être relarguées dans les milieux naturels après leur passage dans les stations d’épuration.

Au-delà des impacts sur la santé humaine, les conséquences concernent également la biodiversité, les ressources en eau, l’agriculture, la pêche, le tourisme et l’économie. La contamination des eaux peut entraîner une augmentation des maladies liées à l’eau, une bioaccumulation des toxines dans la chaîne alimentaire, une hausse des coûts de traitement de l’eau potable ainsi qu’une dégradation durable des écosystèmes aquatiques.

Face à ces enjeux, le guide préconise une approche globale fondée sur les principes WASH (Eau, Assainissement et Hygiène) et One Health, qui reconnaissent les liens étroits entre la santé humaine, la santé animale et la qualité de l’environnement. Les auteurs recommandent notamment le prétraitement des effluents à la source, le renforcement des compétences des professionnels, la surveillance des réseaux d’assainissement, le développement de technologies adaptées et une coopération étroite entre les secteurs de la santé, de l’environnement et de l’eau.

Le document rappelle enfin que la législation algérienne impose déjà aux établissements de santé la responsabilité de gérer leurs effluents avant leur rejet. Les lois relatives à la santé, à la gestion des déchets, à la protection de l’environnement et aux ressources en eau obligent les structures hospitalières à mettre en place des dispositifs de prétraitement conformes et à prévenir toute pollution des milieux aquatiques.

À travers ce guide de près d’une centaine de pages, l’INSP propose ainsi un véritable référentiel scientifique et opérationnel destiné aux décideurs, gestionnaires hospitaliers, professionnels de l’hygiène, chercheurs et acteurs de l’assainissement. Son ambition est de faire des établissements de santé des acteurs de la prévention environnementale, capables de concilier qualité des soins, sécurité sanitaire et développement durable à l’horizon 2030.

Nouhad Ourebzani 

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