Et si nous avions tout simplement mal posé le problème de l’obésité ? Une vaste étude internationale, publiée dans la revue PNAS en juillet 2025, vient bousculer une croyance tenace : celle selon laquelle la sédentarité serait la principale responsable de la prise de poids à l’échelle mondiale. En réalité, la clé se trouverait bien davantage dans l’assiette que dans le canapé.
Dirigée par Amanda McGrosky et le biologiste évolutionniste Herman Pontzer (Université Duke), l’étude a analysé les données de plus de 4 200 adultes vivant dans 34 communautés réparties sur tous les continents – des villages de Tanzanie aux grandes métropoles nord-américaines. Leur objectif : comparer la dépense énergétique quotidienne (calories brûlées), le métabolisme de base, et le niveau d’activité physique selon le niveau de développement économique.
Le résultat est contre-intuitif : les individus vivant dans des pays riches ne brûlent pas significativement moins de calories que ceux des pays à faibles revenus, une fois la taille et la composition corporelle prises en compte. En fait, dans certaines populations urbaines modernes, l’activité physique est même plus élevée.
Mais si la dépense énergétique ne varie pas fondamentalement, le poids corporel, lui, explose dans les sociétés les plus développées. Plus l’économie d’un pays est avancée, plus l’indice de masse corporelle (IMC), le taux de masse grasse et le risque d’obésité augmentent. Les chercheurs en concluent que la principale cause de l’obésité n’est pas la baisse de l’activité physique, mais l’augmentation de l’apport calorique, souvent liée à la consommation d’aliments ultra-transformés.
« Il est temps d’arrêter de penser que bouger davantage suffira à enrayer l’obésité, affirme Herman Pontzer. Ce que nous mangeons joue un rôle bien plus central que ce que nous brûlons. »
L’étude confirme également le modèle dit de la dépense énergétique contrainte : quel que soit le niveau d’activité physique, le corps humain ajuste sa dépense totale pour rester dans une fourchette relativement stable. Cela expliquerait pourquoi faire du sport est bénéfique pour la santé globale (cardiovasculaire, mentale, immunitaire), mais n’a qu’un impact limité sur la perte de poids, si l’apport calorique reste excessif.
Ces résultats rejoignent les appels de nombreux experts à réorienter les politiques publiques : moins d’initiatives centrées uniquement sur l’activité physique, et davantage d’efforts pour limiter la disponibilité, la publicité et la consommation des produits ultra-transformés.
Ouiza Lataman
