Dans un contexte de mutations démographiques marquées par l’émergence de nouveaux pôles urbains et l’exigence d’une justice territoriale en matière de santé, le ministère de la Santé se veut à l’écoute des besoins profonds du pays. Son objectif est clair : assurer une couverture pharmaceutique optimale, y compris dans les zones les plus reculées du territoire national.
Le ministre du secteur, M. Abdelhak Saihi, a récemment levé le voile sur une dynamique en cours de révision, concernant les conditions d’ouverture des officines pharmaceutiques privées. Intervenant en réponse à une question parlementaire, le ministre a précisé que le gouvernement œuvre à la refonte des critères d’installation, à travers un projet de décret exécutif fixant les modalités d’exercice de la profession de pharmacien et de pharmacien assistant. Ce texte est élaboré en application de l’article 250 de la loi n°18-11 du 2 juillet 2018, modifiée et complétée, relative à la santé.
Jusqu’à l’entrée en vigueur de ce nouveau décret, les procédures actuelles demeurent régies par l’arrêté n°002 du 15 janvier 2005, ainsi que par l’instruction ministérielle n°003 du 5 novembre 2005, portant sur la couverture pharmaceutique des zones enclavées. Une réglementation qui, bien qu’efficace à certains égards, a révélé ses limites au fil du temps, notamment dans les nouvelles agglomérations ou les territoires éloignés des grands centres.
La promesse d’une réforme équitable
À travers cette révision, le ministère entend introduire davantage de flexibilité et d’équité dans l’attribution des agréments. La fameuse règle imposant une pharmacie pour 5 000 habitants, longtemps critiquée pour son caractère rigide, pourrait être abandonnée. M. Saihi a affirmé que cette norme pourrait varier non seulement d’une wilaya à une autre, mais aussi à l’intérieur d’une même région, en fonction des spécificités locales.
En tenant compte des besoins réels des citoyens plutôt que d’une logique purement statistique, la réforme ambitionne d’intégrer les impératifs de proximité, de justice sociale et de développement local. Le ministre a d’ailleurs insisté sur le fait que la pharmacie ne doit plus être considérée comme un commerce, mais comme un service public, soumis à une logique de service au citoyen.
Une bouffée d’espoir pour les jeunes diplômés
Cette nouvelle orientation est aussi perçue comme une réponse aux attentes d’une jeunesse diplômée, formée mais souvent confrontée au chômage. Nombre de jeunes pharmaciens se retrouvent dans l’impossibilité de s’installer en raison de critères jugés trop stricts ou inadaptés aux réalités du terrain. Le ministre a reconnu cet état de fait et a assuré que la nouvelle législation viendra corriger les injustices engendrées par les précédentes dispositions.
Il ne s’agit donc pas seulement d’une réorganisation administrative, mais bien d’un chantier structurant à fort impact humain et social. En dépassant les schémas figés du passé, la réforme visera à créer un maillage territorial intelligent et solidaire, où chaque citoyen, quelle que soit sa localisation, pourra bénéficier d’un accès équitable aux médicaments.
Une infrastructure déjà robuste, mais à renforcer
Aujourd’hui, l’Algérie peut se targuer d’un réseau dense de pharmacies, avec plus de 12 000 officines conventionnées avec les services de la sécurité sociale. Ce chiffre témoigne de l’importance du secteur privé dans le maillage sanitaire du pays. Toutefois, cette densité ne garantit pas une répartition équilibrée. De nombreux territoires, notamment en milieu rural ou dans les zones de relogement récentes, restent mal desservis.
L’élan donné par les pouvoirs publics vise à corriger cette disparité. Il s’inscrit dans une vision globale du système de santé, où l’accessibilité géographique aux soins, y compris pharmaceutiques, est un droit fondamental.
Une politique au service de l’équité territoriale
La démarche du ministère de la Santé s’inscrit dans un esprit de réforme profonde, fondée sur l’écoute des citoyens et sur l’analyse des besoins du terrain. En révisant les conditions d’implantation des pharmacies privées, l’État envoie un signal fort : celui d’une volonté de faire du système de santé un vecteur d’inclusion et de solidarité.
Au-delà des textes, c’est toute une philosophie de la santé publique qui est en jeu. Car en Algérie, comme ailleurs, la santé ne saurait être un luxe réservé à quelques-uns, mais un bien commun à partager équitablement. Cette réforme annoncée des critères d’ouverture des officines pharmaceutiques n’est donc pas une simple révision réglementaire : elle est l’expression d’une volonté politique de rendre la santé accessible, jusque dans les coins les plus reculés du pays.
Nora S.
