Santé mentale des femmes : de la puberté à la ménopause, des souffrances qui méritent davantage d’attention

Les bouffées de chaleur, les troubles du sommeil, les changements d’humeur ou encore l’anxiété sont parfois considérés comme des manifestations auxquelles les femmes doivent simplement s’habituer à certaines étapes de leur vie. Pourtant, lorsque ces difficultés deviennent persistantes ou particulièrement éprouvantes, elles peuvent altérer profondément leur qualité de vie et nécessiter une prise en charge médicale adaptée.

Cette question a occupé une place importante lors du Congrès international de psychiatrie au féminin, organisé les 22 et 23 octobre 2026 à Alger par l’Association algérienne des psychiatres d’exercice privé (AAPEP). Interrogé par Esseha en marge de cette rencontre, le Dr Kaloun Nesreddine, président de l’association, a souligné l’importance de mieux comprendre les changements biologiques et hormonaux qui accompagnent les différentes étapes de la vie des femmes, depuis la puberté jusqu’à la ménopause, en passant par la grossesse et le post-partum.

Ces périodes peuvent s’accompagner de modifications de l’équilibre émotionnel et, chez certaines femmes, favoriser l’apparition ou l’aggravation de troubles psychiques. Leur influence varie toutefois considérablement d’une personne à l’autre et ne saurait expliquer, à elle seule, les difficultés de santé mentale. Les conditions de vie, les antécédents personnels, les violences, le stress et l’environnement social jouent également un rôle important.

La période entourant la naissance illustre particulièrement ces enjeux. Selon l’Organisation mondiale de la santé, environ 10 % des femmes enceintes et 13 % de celles qui viennent d’accoucher présentent un trouble mental, principalement dépressif. Ces difficultés peuvent avoir des conséquences sur la santé de la mère et sur son quotidien, d’où l’importance d’une identification précoce et d’un accompagnement approprié.

La ménopause constitue une autre période qui mérite une attention particulière. Le Pr Souhail Bannour, psychiatre libéral à Sousse, en Tunisie, a notamment évoqué au micro d’Esseha la souffrance que peuvent provoquer les bouffées de chaleur chez certaines femmes. Bien que ces manifestations soient fréquentes, leur banalisation risque de retarder la recherche d’une solution lorsque les symptômes deviennent difficiles à supporter.

Les bouffées de chaleur peuvent survenir de jour comme de nuit, perturber le sommeil et entraîner fatigue, irritabilité ou difficultés de concentration. Leur intensité est très variable : certaines femmes les ressentent peu, tandis que d’autres voient leurs activités quotidiennes et leur repos considérablement affectés. La ménopause peut également coïncider avec des symptômes anxieux ou dépressifs, sans que ceux-ci soient systématiques ni nécessairement provoqués par les seuls changements hormonaux.

Le Pr Bannour a insisté sur l’existence de possibilités thérapeutiques, évoquant notamment la place de certains antidépresseurs dans des situations cliniques particulières. Parmi les médicaments discutés figure la venlafaxine, utilisée dans le traitement de troubles dépressifs et anxieux, mais qui peut également atténuer les bouffées de chaleur dans certaines circonstances.

Le choix du traitement doit néanmoins être individualisé. Les traitements hormonaux de la ménopause constituent une option efficace contre les bouffées de chaleur lorsqu’ils sont appropriés à la situation médicale de la patiente. Des approches non hormonales, médicamenteuses ou psychologiques, peuvent aussi être proposées lorsque les hormones sont contre-indiquées, mal tolérées ou non souhaitées. La présence d’une dépression nécessite, quant à elle, une évaluation et une prise en charge spécifiques.

Au-delà des traitements, les deux entretiens mettent en évidence la nécessité de mieux écouter les plaintes des femmes. Une manifestation physiologique fréquente ne doit pas conduire à considérer comme insignifiante la souffrance qu’elle peut provoquer. Les difficultés persistantes méritent d’être évaluées plutôt que systématiquement attribuées à l’âge, aux hormones ou à une étape supposée normale de la vie.

C’est également le message adressé par le Pr Bannour aux femmes confrontées à des symptômes insuffisamment soulagés : ne pas hésiter à consulter, demander des explications et solliciter, si nécessaire, un avis spécialisé.

Reconnaître les particularités de la santé mentale féminine ne consiste donc pas à considérer les femmes comme naturellement plus fragiles. Il s’agit de mieux identifier les situations dans lesquelles certains changements biologiques, associés à des facteurs psychologiques et sociaux, peuvent nécessiter une attention particulière, afin que des souffrances parfois longtemps supportées en silence puissent être entendues et prises en charge.

Tinhinane B

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