Sommeil : les fibres pourraient peser sur la qualité de la nuit dès le jour même

Ce que l’on mange pendant la journée pourrait déjà se refléter dans la structure du sommeil quelques heures plus tard. Une étude menée auprès de plusieurs milliers d’adultes montre qu’une alimentation plus riche en fibres est associée à une proportion légèrement plus importante de sommeil profond et de sommeil paradoxal. Un signal qui élargit le rôle de l’alimentation bien au-delà du métabolisme ou de la santé digestive.

L’alimentation ne façonne pas seulement la santé sur le long terme. Elle pourrait aussi influencer, à très court terme, la manière dont nous dormons. C’est ce que suggère une étude publiée dans Nature Health, fondée sur l’analyse de 3 598 adultes et de près de 4 800 journées associant données alimentaires et mesures objectives du sommeil.

Les chercheurs ont observé que les journées où l’alimentation était proportionnellement plus riche en fibres étaient suivies de nuits comportant davantage de sommeil profond et de sommeil paradoxal, deux phases essentielles à la récupération de l’organisme et au fonctionnement du cerveau. Dans le même temps, la part du sommeil léger diminuait.

L’effet reste limité en valeur absolue, mais il apparaît de manière suffisamment régulière pour attirer l’attention. Une alimentation plus riche en fibres était associée à une augmentation de 0,59 point de pourcentage du sommeil profond et de 0,76 point du sommeil paradoxal, tandis que le sommeil léger reculait de 1,35 point.

L’étude met également en évidence une fréquence cardiaque nocturne légèrement plus basse après les journées marquées par une consommation plus importante de fibres. Une plus grande diversité des aliments végétaux et une alimentation moins transformée allaient dans le même sens.

Ces résultats donnent une dimension nouvelle à des aliments déjà largement recommandés pour leurs effets sur la santé : légumes, fruits, légumineuses, céréales complètes, graines et fruits à coque. Leur intérêt pourrait ne pas se limiter à la prévention cardiovasculaire, au contrôle du poids ou au fonctionnement intestinal, mais concerner aussi certains paramètres du sommeil.

L’autre enseignement de l’étude est que la composition de l’alimentation et l’horaire des repas ne semblent pas agir de la même manière. Les fibres étaient surtout associées à la répartition entre les différentes phases du sommeil, tandis que l’heure et l’importance du repas du soir paraissaient davantage liées à la durée totale du sommeil, au temps nécessaire pour s’endormir et à la fréquence cardiaque pendant la nuit.

Les mécanismes en jeu restent complexes. Le rôle du microbiote intestinal figure parmi les principales pistes, les fibres servant de substrat à certaines bactéries capables de produire des molécules susceptibles d’interagir avec le métabolisme, l’inflammation et les rythmes biologiques. La régulation du glucose pourrait également intervenir.

L’étude ne permet pas d’affirmer qu’augmenter sa consommation de fibres suffira, à lui seul, à améliorer le sommeil. Elle montre en revanche que les liens entre alimentation et repos nocturne pourraient être beaucoup plus immédiats qu’on ne le pensait.

Le message qui se dessine est moins celui d’un « aliment miracle » que celui d’un continuum entre alimentation, rythme biologique et qualité du sommeil. Autrement dit, la nuit pourrait commencer à se préparer bien avant le coucher, jusque dans le contenu de l’assiette.

Ouiza Lataman

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