Réduire le cholestérol en silence, sans douleur ni effets secondaires : c’est le pari d’une nouvelle thérapie génique ciblant PCSK9, dévoilée par des chercheurs espagnols et américains. En intervenant directement sur l’ADN pour bloquer la production de cette protéine clé du métabolisme lipidique, cette approche promet une alternative efficace et mieux tolérée aux statines, ouvrant la voie à une nouvelle génération de traitements contre l’hypercholestérolémie.
Publiée dans la revue Nucleic Acids Research, l’étude repose sur une molécule innovante, appelée PPRH — pour polypurine reverse-hairpin. Il s’agit d’un petit fragment d’ADN synthétique capable de se fixer précisément sur le gène cible afin d’empêcher sa lecture. Résultat : la production de la protéine PCSK9 chute fortement, ce qui permet au foie d’éliminer davantage de « mauvais » cholestérol (LDL) circulant dans le sang.
Les résultats sont prometteurs. En laboratoire, les scientifiques ont observé une baisse de 87 % de la protéine PCSK9 dans des cellules hépatiques humaines. Chez des souris génétiquement modifiées, une seule injection a permis de réduire le cholestérol total de près de 50 % en seulement trois jours.
Mais l’intérêt de cette méthode ne réside pas seulement dans son efficacité. Contrairement aux statines, souvent mal tolérées à long terme — douleurs musculaires, troubles hépatiques, fatigue — cette approche semble dépourvue d’effets secondaires notables. Sa stabilité, son faible coût de production et son absence de toxicité immunitaire pourraient en faire une alternative de choix, notamment pour les patients qui ne supportent pas les traitements classiques.
Autre atout : le traitement pourrait être administré de façon espacée, avec des effets prolongés. Il viendrait ainsi compléter, voire concurrencer, d’autres approches récentes comme les siRNA ou les anticorps monoclonaux ciblant PCSK9, mais à un coût potentiellement bien plus accessible.
Tout n’est pas encore gagné : pour être pleinement efficace, cette thérapie devra parvenir à cibler avec précision les cellules du foie, principal site de production de PCSK9. Les chercheurs évoquent déjà l’usage de vecteurs spécialisés, comme ceux utilisant la molécule GalNAc, déjà testée dans d’autres traitements géniques.
Alors que plusieurs laboratoires développent actuellement des inhibiteurs oraux de PCSK9 pour dépasser les limites des injections, cette stratégie de blocage génétique offre une nouvelle voie. Moins intrusive, plus durable, elle pourrait bien marquer un tournant dans la prévention des maladies cardiovasculaires — et amorcer l’après-statines.
Ouiza Lataman
