Vieillissement : une molécule issue de l’alimentation pourrait renforcer l’immunité affaiblie par l’âge

Et si une partie du déclin du système immunitaire lié à l’âge n’était pas une fatalité ? Une étude publiée dans la revue Nature Aging apporte de nouveaux éléments en ce sens. Des chercheurs y montrent que l’urolithine A, une molécule naturellement produite par l’organisme à partir de certains polyphénols alimentaires, pourrait améliorer le fonctionnement du système immunitaire chez des adultes d’âge mûr.

Avec l’avancée en âge, le système immunitaire perd progressivement en efficacité. Les défenses deviennent moins réactives face aux infections, la réponse aux vaccins s’affaiblit, tandis qu’une inflammation chronique de bas grade s’installe. Ce phénomène, connu sous le nom d’immunosénescence, constitue l’un des facteurs majeurs de vulnérabilité chez les personnes vieillissantes.

Dans cet essai clinique randomisé et contrôlé par placebo, les chercheurs ont recruté cinquante adultes en bonne santé âgés de 45 à 70 ans. Pendant quatre semaines, la moitié des participants a reçu quotidiennement de l’urolithine A, l’autre moitié un placebo, sans savoir quel traitement leur était administré. L’objectif : évaluer l’impact de cette molécule sur les cellules du système immunitaire.

Les résultats montrent des changements significatifs chez les participants ayant reçu l’urolithine A. Les chercheurs ont observé une amélioration de la qualité des lymphocytes T, des cellules clés de la réponse immunitaire, avec une proportion plus élevée de cellules « naïves », moins marquées par l’épuisement lié à l’âge. D’autres types de cellules immunitaires, comme les cellules tueuses naturelles et certains monocytes, présentaient également des fonctions améliorées.

Ces effets s’expliquent par le mode d’action particulier de l’urolithine A. La molécule stimule la mitophagie, un mécanisme de « recyclage » cellulaire qui permet d’éliminer les mitochondries défectueuses pour en produire de nouvelles, plus performantes. Or, la dégradation de la fonction mitochondriale est l’un des marqueurs majeurs du vieillissement cellulaire, y compris dans les cellules immunitaires.

En restaurant une meilleure qualité énergétique de ces cellules, l’urolithine A semble leur redonner une partie de leur capacité fonctionnelle. Pour les auteurs, il s’agit de la première démonstration chez l’humain qu’agir sur la mitophagie peut influencer de manière mesurable le vieillissement du système immunitaire.

Les chercheurs restent toutefois prudents. L’étude est de courte durée et menée sur un nombre limité de participants. Elle ne permet pas encore d’affirmer que ces améliorations biologiques se traduiront par une diminution des infections ou une meilleure réponse aux vaccins. Des essais plus larges et sur le long terme seront nécessaires pour confirmer un bénéfice clinique concret.

Malgré ces limites, cette recherche ouvre une piste nouvelle et prometteuse : celle d’une intervention nutritionnelle ciblée capable d’agir sur l’un des mécanismes profonds du vieillissement immunitaire. À terme, elle pourrait contribuer à améliorer la qualité de vie et la résistance aux maladies chez les populations vieillissantes, dans un contexte de vieillissement accéléré des sociétés.

Nouhad Ourebzani

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