Le dernier rapport du Registre des Tumeurs d’Alger de l’Institut National de Santé Publique (INSP) révèle une augmentation significative des cas de cancer en 2021. Avec 8 434 nouveaux diagnostics enregistrés, dont 3 838 chez les hommes et 4 596 chez les femmes, ces chiffres soulignent une urgence sanitaire nécessitant des réponses stratégiques.
Des chiffres révélateurs de disparités par sexe et âge
Chez les hommes, l’incidence brute s’élève à 196,1 nouveaux cas pour 100 000 habitants, avec une incidence standardisée de 177,1 pour 100 000. L’âge moyen au diagnostic est de 62,6 ans, avec une concentration des cas dans les cancers digestifs (24,5 %). Le cancer colorectal arrive en tête (32,9 pour 100 000), suivi des cancers de la prostate (29,8), du poumon (28,1) et de la vessie (17,7).
Chez les femmes, l’incidence brute est encore plus élevée, atteignant 237,6 pour 100 000, avec une incidence standardisée de 200,8 pour 100 000. L’âge moyen est de 55,7 ans, et le cancer du sein domine largement, représentant 65,4 % des cas féminins. Ces données renforcent la nécessité de programmes de dépistage précoces et d’une meilleure sensibilisation.
Une tendance inquiétante
Comparé aux années précédentes, ce rapport confirme une hausse notable des cas de cancer. En 2019, 7 623 cas avaient été enregistrés, marquant une augmentation de 11,7 % en deux ans. Cette progression est attribuée à divers facteurs, notamment le vieillissement de la population, des modes de vie à risque et un accès parfois insuffisant au dépistage et aux soins.
Quels cancers dominent ?
Outre les cancers les plus fréquents – colorectal et sein – plusieurs autres localisations nécessitent une vigilance accrue :
• Chez les hommes : le cancer du poumon reste fortement associé au tabagisme et à la pollution, tandis que le cancer de la vessie, également en hausse, est lié à des expositions environnementales.
• Chez les femmes : bien que le cancer du sein prédomine, le cancer du col de l’utérus demeure une préoccupation majeure, justifiant des efforts accrus en matière de vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) et de dépistage.
Des causes multiples et un diagnostic tardif
Les experts soulignent plusieurs facteurs expliquant cette recrudescence :
• Vieillissement démographique : Une population vieillissante est plus sujette au développement de cancers.
• Modes de vie à risque : Alimentation déséquilibrée, tabagisme, sédentarité et exposition accrue à des substances toxiques aggravent la situation.
• Impact de la pandémie de COVID-19 : De nombreux diagnostics ont été retardés, augmentant ainsi le risque de détection tardive.
Quels efforts pour inverser la tendance ?
Pour répondre à cette situation, plusieurs mesures prioritaires sont nécessaires :
1. Renforcer les programmes de dépistage : Le dépistage systématique du cancer du sein, du col de l’utérus, du colorectal et du poumon doit être largement déployé.
2. Améliorer l’accès aux soins : Investir dans les infrastructures de santé, notamment pour les traitements par radiothérapie et chimiothérapie.
3. Sensibiliser la population : Des campagnes médiatiques pour encourager les comportements préventifs, comme une alimentation saine, l’arrêt du tabac et la pratique d’une activité physique régulière.
4. Former les professionnels de santé : Renforcer les compétences des médecins et soignants pour garantir des diagnostics précoces et des traitements appropriés.
Le cancer, un combat collectif
Les chiffres alarmants du registre des tumeurs rappellent l’urgence d’une mobilisation nationale contre le cancer. La prévention reste la meilleure arme : réduire l’exposition aux facteurs de risque, encourager les comportements sains et garantir un dépistage précoce sont des leviers essentiels pour inverser cette tendance.
Face à cette crise, l’Algérie doit redoubler d’efforts pour renforcer son système de santé et offrir à chaque citoyen les moyens de prévenir, de détecter et de traiter le cancer à temps. La lutte contre cette maladie est non seulement une priorité sanitaire, mais aussi une responsabilité collective pour protéger les générations futures.
Amina Azoune
