L’obésité infantile : Comprendre et agir dès le plus jeune âge

Dans le cadre de notre série d’entretiens consacrés à la santé des enfants, nous avons sollicité le professeur Bouferoua Fadila spécialiste en diabétologue et endocrinologie pédiatrique au CHU de Beni Messous pour discuter d’un sujet de santé publique qui prend de plus en plus d’ampleur : l’obésité chez l’enfant. Spécialiste dans le domaine, le professeur Boufaroua a bien voulu partager avec nous son expertise et son expérience dans le traitement et la prévention de cette pathologie. À travers cet entretien, nous tenterons de mieux comprendre les causes de l’obésité infantile, ses conséquences à court et long terme, ainsi que les solutions existantes pour accompagner les enfants et leurs parents dans la lutte contre ce fléau.

Quels sont les principaux facteurs qui contribuent à l’obésité chez les enfants, et comment les parents peuvent-ils les prévenir ?

Les principales causes de l’obésité chez l’enfant résident principalement dans le déséquilibre entre la diminution de l’activité physique et l’augmentation des besoins énergétiques. En effet, on constate que les habitudes alimentaires dans notre société ont profondément évolué. Les enfants ont tendance à privilégier une alimentation riche en calories, tout en étant peu actifs. Ce manque d’exercice physique est donc l’une des principales causes de l’obésité chez les jeunes.

Quels sont les risques pour la santé associés à l’obésité infantile à court et à long terme ?

Les parents jouent un rôle très important, un rôle certes grand, mais en même temps relativement simple. Tout ce qu’on leur demande, c’est de revenir à une alimentation saine, de type méditerranéen, celle de nos grands-parents. Il ne faut pas leur compliquer la vie, car nous savons très bien que, dans la société, la majorité des familles ont des revenus moyens. Nous ne leur demandons pas de suivre des régimes parfaits. D’ailleurs, la cause de l’obésité n’est pas ce que l’on mange habituellement dans les familles, mais plutôt les extras, les grignotages et le manque d’activité physique. Nous avons toujours dit aux parents que nous sommes là pour changer certaines habitudes. Nous leur demandons simplement d’éliminer ce qui est mauvais dans l’alimentation de leur enfant. Trop souvent, ce sont des enfants qui mangent à n’importe quelle heure, qui grignotent plutôt que de prendre un repas complet, comme le petit-déjeuner, le déjeuner et le dîner. Ils se tournent alors vers des encas riches en calories, comme les jus, les sucreries, les viennoiseries, les gâteaux, etc. Notre objectif est donc de corriger cette alimentation. Et je vous assure que, même d’un point de vue économique, les parents y gagneront. Ce n’est donc pas quelque chose de difficile à mettre en place. Les risques sont très importants. Il faut savoir qu’une obésité ou un surpoids qui commencent dès l’enfance comportent un risque majeur de persistance à l’âge adulte. Il est vrai que, chez l’enfant, les complications liées à l’obésité sont rares, sauf si elle est vraiment sévère. Cependant, le véritable problème réside dans le devenir de ces enfants à l’âge adulte. Tous les experts s’accordent à dire que les enfants obèses pendant l’enfance auront une probabilité élevée de le rester à l’âge adulte, avec toutes les complications que cela implique. L’obésité n’est plus simplement un facteur de risque, mais une véritable maladie reconnue par l’OMS, en raison de ses nombreuses complications .Les risques sont nombreux : il y a le risque métabolique, avec un bilan lipidique perturbé, ce qui entraîne hypertension artérielle, maladies cardiovasculaires, diabète de type 2, sans oublier les complications orthopédiques, l’apnée du sommeil et les troubles psychiques. Ces enfants sont souvent isolés socialement, stigmatisés, ce qui aggrave la situation. Les complications sont donc considérables.

Quelles recommandations donnez-vous pour instaurer de bonnes habitudes alimentaires et encourager l’activité physique chez les enfants en surpoids ?

Les recommandations sont simples : revenir à une alimentation saine, ce qui n’est pas très compliqué. Cela commence par un bon petit-déjeuner. Or, un phénomène alarmant dans notre société est l’enfant qui ne prend pas de petit-déjeuner. Il se rend directement à l’épicerie près de l’école pour acheter des produits sucrés, du chocolat, des jus ou des croissants à consommer à l’école. Cette collation est pleine de produits énergétiques, mais aussi de produits ultra-transformés, dont les effets sur la santé sont désormais bien documentés. Le problème, souvent, c’est que l’enfant n’a même pas envie de manger le matin, car il se réveille à la dernière minute avant l’école. Il manque d’appétit et choisit la facilité, en achetant quelque chose avant d’entrer en classe. Nous conseillons donc de réveiller l’enfant plus tôt, au moins une heure avant l’école. Les enfants ont cette capacité d’adaptation et, s’ils se couchent tôt, ils peuvent facilement se lever tôt, avoir le temps de se réveiller tranquillement et de prendre leur petit-déjeuner avant de partir. Ensuite, il est essentiel de proposer des collations saines : pourquoi ne pas opter pour de l’eau, des fruits ? Si les fruits ne sont pas accessibles, du pain avec du fromage peut faire l’affaire. C’est ce que nous faisions lorsque nous étions enfants. La tomate, par exemple, est considérée comme un fruit et peut être intégrée dans un morceau de pain. Ensuite, nous conseillons de respecter les horaires des repas, avec un déjeuner équilibré : un plat complet comprenant des légumes, des féculents, un fruit, un produit laitier et de l’eau. Il est important de noter que dans nos familles, l’eau a été remplacée par des boissons gazeuses sucrées ou des jus, souvent industriels et non naturels, ce qui complique encore la situation. Une collation à 16h est également tout à fait normale. Il n’est pas raisonnable de demander à un enfant de rester sans rien manger jusqu’au dîner. Là aussi, il faut opter pour des collations saines. Enfin, l’enfant peut dîner en ayant un repas complet, sans restriction à part les sucreries hyper-énergétiques. L’activité physique n’est pas un luxe lorsqu’il s’agit de lutter contre l’obésité. Elle constitue une part essentielle dans la prise en charge du surpoids et de l’obésité, et je dirais même qu’elle joue un rôle crucial dans la prévention de l’installation de l’obésité. Ce qui est positif, c’est qu’il y a un ou deux ans, l’éducation physique a été instaurée de manière sérieuse dans les écoles, avec des éducateurs spécialisés et un programme bien défini. Cependant, je dirais que ce n’est pas suffisant. Une heure par semaine, c’est loin d’être suffisant pour lutter contre la sédentarité, surtout sachant que nos enfants ne sortent plus comme avant. Une fois qu’ils quittent l’école, ils restent à la maison, et dès qu’ils sont chez eux, ils se retrouvent face à des écrans. Nous ne parlerons pas ici des dangers des écrans sur le développement cognitif et bien d’autres aspects, mais concentrons-nous sur leur impact sur l’obésité et la sédentarité. Ces enfants passent des heures devant ces écrans, ce qui rend essentiel de les occuper avec des activités physiques. Pourquoi ne pas les inscrire dans des clubs sportifs ? L’expérience montre que, lorsque l’on demande à ces enfants de bouger à la maison, il leur est très difficile de le faire. Les parents n’ont pas toujours le temps de les surveiller, et ils se retrouvent souvent devant leurs écrans. En revanche, si on les inscrit dans des activités organisées, par exemple dans des clubs de la commune, cela peut vraiment faire la différence. Idéalement, il serait préférable de choisir des sports complets comme la marche ou la natation, mais si cela n’est pas possible, il est déjà utile de les inscrire dans des clubs locaux pour s’assurer qu’ils aient plus d’une heure d’activité physique par semaine .Selon les recommandations de l’OMS, il est conseillé de faire au moins 20 minutes de marche par jour. Moins de 20 minutes n’est pas suffisant pour entraîner une perte de poids. Pour qu’il y ait une réduction de la masse graisseuse, il faut que la marche dépasse 20 minutes. Pour les enfants de moins de 6 ans, jouer suffit pour favoriser la perte de poids, mais à partir de 6 ans, il devient vraiment important de les inscrire dans des activités physiques organisées pour atteindre cet objectif. Cependant, si cela n’est pas possible, les parents doivent être conscients de l’importance de faire bouger leurs enfants, même à la maison, en leur prescrivant des activités physiques adaptées à leur âge.

Comment détecter si le poids d’un enfant devient préoccupant, et à quel moment faut-il consulter un spécialiste ?

Pour la consultation, dans une démarche préventive, ce que nous demandons aux parents, c’est de consulter régulièrement, au moins une fois par an, afin de suivre les paramètres essentiels de la croissance et de mesurer l’IMC de l’enfant de façon régulière. Cela nous permet de repérer les enfants en surpoids dès leur plus jeune âge. Lorsqu’un surpoids est détecté, il est beaucoup plus facile d’agir et d’inverser la tendance que lorsqu’il s’agit d’une obésité installée. Il incombe donc aux parents d’organiser une consultation systématique, où le pédiatre prendra les mensurations de l’enfant, calculera l’IMC, tracera la courbe de croissance et détectera le début du surpoids, avant même qu’il ne devienne une obésité.

Propos recueillis par Ines Fouzari

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