Un signe visible sur l’œil pourrait révéler une forte exposition passée au soleil

Le ptérygion, une excroissance bénigne qui se développe à la surface de l’œil et dont l’apparition est favorisée par une forte exposition aux ultraviolets, pourrait aussi être associé à un risque plus élevé de certains cancers de la peau. C’est ce que suggère une étude australienne publiée dans Clinical & Experimental Ophthalmology. Les chercheurs restent toutefois prudents : il ne s’agit pas d’un outil de dépistage du cancer, mais plutôt d’un possible marqueur d’exposition solaire cumulée au fil des années.

Les effets du soleil ne se limitent pas à la peau. Une exposition répétée aux rayons ultraviolets peut également laisser des traces sur les yeux. Des chercheurs australiens ont voulu savoir si certaines de ces manifestations oculaires pouvaient être associées à des antécédents de cancer cutané.

L’étude, intitulée Are Ocular Markers of Sun Exposure Associated With Skin Cancer?, s’est appuyée sur les données de la Busselton Healthy Ageing Study, une vaste cohorte menée en Australie-Occidentale. L’analyse a porté sur 3 829 adultes, âgés en moyenne de 64 ans, pour lesquels les chercheurs disposaient à la fois de données ophtalmologiques et d’informations sur les antécédents de cancer de la peau.

Le principal marqueur étudié était le ptérygion, une prolifération de tissu de la conjonctive qui apparaît généralement sur la partie blanche de l’œil et peut progressivement s’étendre vers la cornée. Cette lésion est le plus souvent bénigne, même si elle peut parfois provoquer une gêne, une irritation ou altérer la vision lorsqu’elle devient importante. Son lien avec une exposition chronique aux ultraviolets est déjà bien établi.

Dans l’échantillon étudié, 795 participants, soit environ 21 %, avaient des antécédents de cancer cutané kératinocytaire, une catégorie qui comprend principalement les carcinomes basocellulaires et épidermoïdes, les formes les plus fréquentes de cancer de la peau. Cinquante-neuf personnes avaient eu un mélanome.

Les chercheurs ont observé que les personnes présentant un ptérygion au moment de l’examen avaient une probabilité plus élevée d’avoir déjà eu un cancer cutané kératinocytaire. Après ajustement pour plusieurs facteurs susceptibles d’influencer les résultats, cette association correspondait à une augmentation d’environ 33 % des probabilités d’antécédent de ce type de cancer.

L’association était encore plus nette chez les personnes ayant déclaré avoir déjà été opérées d’un ptérygion : leurs probabilités d’avoir eu un cancer cutané kératinocytaire étaient environ 85 % plus élevées que chez celles sans antécédent de cette lésion.

En revanche, aucune association significative n’a été mise en évidence entre le ptérygion et le mélanome. Les chercheurs ont également étudié d’autres marqueurs oculaires susceptibles de refléter l’exposition au soleil, notamment certaines altérations de la conjonctive visibles sous ultraviolets, mais celles-ci n’étaient pas clairement associées aux antécédents de cancer cutané.

Ces résultats doivent être interprétés avec prudence. L’étude est transversale : elle met en évidence une association, mais ne permet pas de démontrer que le ptérygion augmente lui-même le risque de cancer. L’explication la plus probable est que les deux affections partagent un même facteur de risque majeur : une exposition importante et répétée aux rayonnements ultraviolets au cours de la vie.

Autrement dit, le ptérygion pourrait agir comme une sorte de trace visible de l’exposition solaire cumulée. Sa présence pourrait ainsi inciter les professionnels de santé à rappeler plus systématiquement les mesures de protection contre les UV et à recommander une surveillance attentive de la peau, notamment chez les personnes très exposées au soleil pour des raisons professionnelles ou liées à leur mode de vie.

Cette observation ne signifie pas pour autant qu’un ptérygion doit être considéré comme un signe de cancer. La plupart des personnes qui en présentent n’ont pas nécessairement de tumeur cutanée, et le diagnostic d’un cancer de la peau repose toujours sur l’examen des lésions suspectes et, si nécessaire, sur une analyse spécialisée.

L’intérêt de l’étude est surtout de rappeler que les effets des ultraviolets peuvent se manifester sur plusieurs organes à la fois. Protéger ses yeux avec des lunettes filtrant efficacement les UV et protéger sa peau par des vêtements adaptés, de l’ombre et une photoprotection appropriée relèvent ainsi d’une même logique de prévention.

Au-delà du ptérygion lui-même, le message est donc simple : l’exposition solaire répétée laisse parfois des signes visibles bien avant que ses conséquences les plus graves n’apparaissent.

Ouiza Lataman

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