Vitamine K à la naissance : l’absence d’injection associée à davantage d’hémorragies chez le nourrisson

Une vaste étude suédoise menée sur plus de deux millions d’enfants confirme l’intérêt de la vitamine K administrée à la naissance. Les nourrissons n’ayant pas reçu l’injection présentaient davantage d’hémorragies au cours de leurs six premiers mois de vie, avec une augmentation particulièrement marquée du risque de saignement intracrânien.

Quelques gouttes de sang peuvent parfois révéler un problème beaucoup plus sérieux. Chez le nouveau-né, les réserves de vitamine K sont naturellement faibles, alors que cette vitamine joue un rôle essentiel dans la coagulation. C’est précisément pour prévenir les hémorragies liées à cette carence qu’une dose de vitamine K est habituellement administrée peu après la naissance.

Une étude publiée dans JAMA Pediatrics apporte de nouvelles données à grande échelle sur l’efficacité de cette mesure préventive. Des chercheurs suédois ont analysé les dossiers de plus de deux millions d’enfants nés entre 2003 et 2021, suivis jusqu’à l’âge de six mois.

Parmi eux, un peu plus de 24 000 ne disposaient pas d’un enregistrement attestant l’administration intramusculaire de vitamine K à la naissance. Comparés aux enfants ayant reçu cette prophylaxie, ils présentaient un risque d’hémorragie sensiblement plus élevé au cours des premiers mois de vie.

La différence est particulièrement importante pour les hémorragies intracrâniennes, c’est-à-dire les saignements à l’intérieur du crâne. Les chercheurs ont observé chez les nourrissons n’ayant pas reçu l’injection une probabilité presque trois fois plus élevée de présenter ce type de complication.

Même lorsqu’elles restent rares à l’échelle de l’ensemble des naissances, ces hémorragies sont redoutées parce qu’elles peuvent survenir chez un bébé jusque-là apparemment en bonne santé et, lorsqu’elles touchent le cerveau, entraîner des séquelles neurologiques graves, voire mettre en jeu le pronostic vital.

Le nouveau-né est particulièrement vulnérable à la carence en vitamine K. Cette vitamine traverse peu le placenta, ses réserves sont faibles à la naissance et l’intestin du nourrisson ne possède pas encore une flore suffisamment développée pour en produire des quantités importantes. Le lait maternel en contient également relativement peu. Chez une petite proportion d’enfants, cette combinaison peut provoquer une hémorragie par déficit en vitamine K durant les premières semaines ou les premiers mois de vie.

L’étude attire aussi l’attention sur une évolution observée en Suède : après avoir diminué pendant plusieurs années, la proportion d’enfants sans administration enregistrée de vitamine K est remontée progressivement et atteignait 1,5 % des naissances en 2021. Une proportion qui reste faible, mais dont l’augmentation préoccupe les chercheurs en raison du caractère évitable des complications concernées.

Les auteurs restent toutefois prudents. Leur travail repose sur l’analyse de registres de santé et non sur un essai clinique randomisé. Il montre donc une association entre l’absence de prophylaxie et l’augmentation des hémorragies, sans pouvoir démontrer à lui seul un lien de causalité absolu. La taille exceptionnelle de la cohorte et la longue période de suivi renforcent néanmoins la solidité des observations.

Ces résultats confortent ainsi une pratique préventive ancienne : administrer de la vitamine K à la naissance permet de protéger les nourrissons pendant une période où leur système de coagulation reste particulièrement vulnérable. L’intérêt de cette mesure tient précisément au contraste entre la simplicité de la prévention et la gravité potentielle, bien que rare, des complications qu’elle cherche à éviter.

Ouiza Lataman

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