Le professeur Nafaa Ioualalène, une vie consacrée à la neurochirurgie et à l’Algérie

 

Le monde médical algérien est en deuil. Le professeur Nafaa Ioualalène est décédé ce mardi 8 septembre 2026, laissant derrière lui le souvenir d’un éminent neurochirurgien, d’un universitaire exigeant et surtout d’un médecin profondément attaché à ses patients et à son pays.

Chef du service de neurochirurgie de l’hôpital Aït Idir à Alger pendant de nombreuses années, le professeur Ioualalène a occupé une place majeure dans l’histoire de la neurochirurgie algérienne. À travers des milliers d’interventions, des années d’enseignement et la formation de plusieurs générations de spécialistes, il a contribué à faire progresser une discipline particulièrement complexe, à une époque où les moyens techniques disponibles en Algérie étaient encore très limités.

Son parcours personnel était à l’image de son engagement professionnel : celui d’un homme parti de loin. Né dans un milieu modeste, il raconte avoir grandi dans une famille nombreuse et avoir connu, dès son enfance, les difficultés matérielles. Sa scolarité avait même été interrompue durant plusieurs années. Il reprendra pourtant le chemin de l’école, avec plusieurs années de retard, avant de décrocher son baccalauréat et de s’engager dans des études de médecine.

Le jeune étudiant qui, enfant, ne semblait pas particulièrement attiré par les études allait ainsi devenir l’un des grands noms de la chirurgie du cerveau et du système nerveux en Algérie.

C’est au cours de sa formation médicale que son intérêt pour la neurochirurgie s’est progressivement affirmé. À partir des années 1970, il se forme dans une spécialité exigeante, où chaque décision peut avoir des conséquences majeures sur la vie d’un patient. En 1975, il commence à exercer comme assistant en neurochirurgie, avant de poursuivre une carrière hospitalo-universitaire qui le conduira au rang de professeur.

Ses années de pratique coïncident avec une période où la neurochirurgie algérienne disposait de moyens diagnostiques et technologiques bien plus modestes qu’aujourd’hui. Avant la généralisation du scanner et des technologies modernes d’imagerie, les neurochirurgiens devaient s’appuyer largement sur l’examen clinique, leurs connaissances neurologiques, l’angiographie et une expérience considérable pour localiser les lésions et établir leurs diagnostics.

Le professeur Ioualalène a vécu cette transformation de la médecine de l’intérieur. Il a vu la neurochirurgie évoluer avec l’arrivée progressive de nouvelles technologies, tout en conservant une conviction fondamentale : la compétence du médecin, son sens de l’observation et sa responsabilité envers le malade restent au cœur de la pratique.

Mais c’est probablement son rapport aux patients qui restera l’un des traits les plus marquants de son héritage.

Dans un témoignage consacré à sa vie, le professeur évoquait avec une grande émotion le poids que représentait pour lui la perte d’un malade. Derrière le chirurgien expérimenté, il y avait un homme qui ne considérait jamais une intervention comme un simple acte technique. Une opération réussie était pour lui une immense satisfaction ; un décès pouvait, au contraire, le bouleverser profondément.

Cette sensibilité explique sans doute une partie de la relation particulière qu’il entretenait avec ses patients. Ceux qui ont travaillé à ses côtés ont témoigné de son investissement exceptionnel, de sa présence à l’hôpital et de son attention constante aux malades.

Mais l’œuvre du professeur Ioualalène ne s’est pas limitée au bloc opératoire. Elle s’est également poursuivie dans les amphithéâtres et dans les services hospitaliers, où il a formé de nombreux neurochirurgiens qui exercent aujourd’hui à travers le pays. Plusieurs de ses anciens élèves sont devenus à leur tour des spécialistes reconnus, perpétuant ainsi une véritable école de neurochirurgie.

Son travail scientifique témoigne également de cet engagement. Il a notamment consacré sa thèse au spina-bifida, une malformation congénitale pouvant, selon les formes, entraîner des complications graves et des handicaps importants. Ce travail illustre l’intérêt qu’il portait à la compréhension approfondie des pathologies auxquelles il était confronté dans sa pratique.

Un autre aspect de son parcours mérite d’être souligné : son choix de rester en Algérie.

Après ses périodes de formation et de stage en France, il aurait pu envisager une carrière à l’étranger. Il raconte pourtant avoir choisi de revenir en Algérie et d’y poursuivre son parcours professionnel. Ce choix, il l’a assumé durant toute sa carrière, privilégiant la transmission de son savoir et la prise en charge des patients algériens.

À travers cette décision, le professeur Ioualalène incarnait une conception particulière de la médecine : celle d’un savoir qui ne prend tout son sens que lorsqu’il est transmis et mis au service des autres.

Son parcours constitue ainsi bien davantage qu’une réussite individuelle. Il raconte l’itinéraire d’un enfant issu d’un milieu modeste devenu professeur de médecine, d’un chirurgien ayant accompagné l’évolution de la neurochirurgie algérienne et d’un enseignant ayant contribué à former ceux qui poursuivront son œuvre.

Avec sa disparition, l’Algérie perd une grande figure de sa médecine. Ses patients perdent un médecin, ses élèves un maître et ses confrères un collègue dont le parcours aura profondément marqué la neurochirurgie nationale.

Le professeur Nafaa Ioualalène laisse surtout un héritage humain et scientifique : celui d’une vie consacrée à soigner, à transmettre et à servir. Une trajectoire qui rappelle que derrière les grandes carrières médicales, il y a avant tout des vies sauvées, des familles soulagées, des élèves formés et une génération de médecins capables, à leur tour, de prendre le relais.

À sa famille, à ses anciens élèves, à ses confrères et à l’ensemble de la communauté médicale algérienne, nous adressons nos sincères condoléances.

Que son souvenir demeure comme celui d’un grand serviteur de la médecine algérienne.

Amina Azoune

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