La généralisation progressive du dossier médical électronique pourrait ouvrir un nouveau champ pour la recherche en santé en Algérie. Au-delà de son utilité dans le suivi des patients et l’organisation des soins, cet outil est désormais appelé à servir de support à la production de données scientifiques, à condition que celles-ci soient suffisamment fiables, structurées et protégées.
C’est l’un des principaux enseignements de l’installation, jeudi 17 septembre 2026, de la Commission sectorielle permanente de la recherche scientifique et du développement technologique, présidée par le professeur Nabil Oufane. Lors de cette cérémonie, le ministre de la Santé, le professeur Mohamed Seddik Aït Messaoudene, a notamment demandé que les futures unités de recherche créées dans les services hospitalo-universitaires puissent être reliées au dossier médical électronique.
Derrière cette orientation se dessine un changement important dans la manière de concevoir la recherche médicale. Les établissements de santé produisent quotidiennement une quantité considérable d’informations sur les maladies prises en charge, les traitements utilisés, l’évolution des patients, les complications ou encore l’activité des services. Bien exploitées, ces données peuvent aider à mieux connaître les besoins sanitaires de la population et à évaluer les pratiques de soins.
Elles peuvent, par exemple, permettre d’identifier plus précisément la fréquence de certaines pathologies, de suivre leur évolution, d’évaluer les résultats de différentes stratégies thérapeutiques ou encore de repérer des insuffisances dans les parcours de prise en charge. Elles offrent également aux décideurs la possibilité de fonder davantage certaines politiques sanitaires sur des données issues du terrain plutôt que sur des estimations partielles.
La nouvelle commission aura justement pour mission de contribuer à définir les priorités nationales de recherche et d’orienter les travaux vers les problématiques ayant un impact direct sur la santé de la population. Elle devra également rapprocher les structures hospitalières, les institutions de recherche et les professionnels de santé afin que les questions rencontrées dans les services puissent davantage alimenter les programmes scientifiques.
Le ministère veut, dans cette perspective, créer des unités de recherche au sein des services hospitalo-universitaires. L’objectif est de réduire la distance qui subsiste souvent entre le travail scientifique et la pratique clinique. Un médecin confronté régulièrement à une complication, à une maladie mal documentée ou à une difficulté particulière de prise en charge pourrait ainsi disposer d’un cadre lui permettant de transformer cette observation en véritable question de recherche.
Mais la disponibilité des données ne suffit pas à produire de la connaissance. Leur qualité, leur homogénéité entre établissements et la manière dont elles sont recueillies conditionneront fortement la fiabilité des travaux qui pourront en découler. La protection des informations personnelles et médicales constitue également un enjeu central, particulièrement lorsque les bases de données deviennent accessibles à des équipes de recherche.
Le ministre a par ailleurs demandé la formation d’assistants spécialisés dans la recherche scientifique afin d’accompagner les équipes hospitalières dans la préparation des projets, la gestion des données et le suivi des études. Un élément important dans un domaine où la méthodologie, l’analyse statistique et la qualité des bases de données sont aussi déterminantes que l’expertise médicale elle-même.
La création d’une commission nationale constitue donc surtout le point de départ d’un chantier plus large. L’enjeu sera de savoir si les millions d’informations produites chaque année par le système de soins pourront progressivement être transformées en connaissances utiles, puis en décisions permettant d’améliorer concrètement la prévention, le diagnostic et la prise en charge des patients.
À terme, la véritable avancée ne résidera pas seulement dans la numérisation des dossiers médicaux, mais dans la capacité du système de santé à apprendre de ses propres données.
Tinhinane B
