La peur de découvrir un cancer continue d’éloigner certaines femmes du dépistage, alors même qu’un diagnostic précoce peut profondément changer la prise en charge. C’est l’un des principaux messages délivrés par la Pr Fatma Seghier, cheffe du service d’oncologie médicale de l’hôpital de Sidi Ghiles, à l’occasion des journées de sensibilisation et de dépistage précoce du cancer du sein organisées les 28 et 29 septembre 2026 à la Maison de la presse Tahar-Djaout, au profit des femmes journalistes et des travailleuses du secteur de la communication.
Se faire dépister ou préférer ne pas savoir ? Derrière cette interrogation se trouve encore l’un des obstacles les plus difficiles à surmonter dans la lutte contre le cancer du sein. Pour la Pr Fatma Seghier, certaines femmes restent à distance du dépistage non seulement par manque d’information, mais aussi parce qu’elles redoutent ce que l’examen pourrait révéler.
La spécialiste estime précisément que les campagnes de proximité doivent permettre d’agir sur cette peur. Organiser des journées de sensibilisation au plus près des populations et des milieux professionnels permet, selon elle, d’aller vers celles qui ne se présentent pas spontanément dans les structures de dépistage ou qui reportent leurs examens.
Dans ce travail de sensibilisation, la Pr Seghier accorde une place particulière aux médias. Les journalistes, souligne-t-elle, sont proches de la population et disposent d’une capacité importante à transmettre des messages de prévention. Le choix d’organiser cette opération à la Maison de la presse n’est donc pas anodin : les femmes du secteur de la communication sont directement concernées par le dépistage, mais elles peuvent également contribuer à diffuser une information plus juste sur la maladie.
Le message défendu par l’oncologue est simple : découvrir une tumeur lorsqu’elle est encore petite et localisée change considérablement la situation par rapport à un diagnostic posé à un stade avancé ou métastatique. « Il vaut mieux dépister et trouver une petite tumeur que se retrouver avec une tumeur importante et un stade métastatique », résume-t-elle.
Selon la Pr Seghier, certains cancers du sein détectés à un stade très précoce peuvent être associés à des taux de guérison particulièrement élevés, pouvant atteindre 90 % ou davantage selon les situations. La prise en charge dépend néanmoins du stade, du type de tumeur et de ses caractéristiques propres à chaque patiente. Le dépistage précoce ne signifie donc pas automatiquement l’absence de traitements lourds, mais il augmente les possibilités thérapeutiques et peut, dans certains cas, alléger le parcours de soins.
La peur de la chimiothérapie demeure, elle aussi, très présente. La Pr Seghier dit entendre régulièrement des patientes redouter un traitement qu’elles associent spontanément à la souffrance, aux nausées, aux vomissements, à la fatigue ou à la chute des cheveux. Pour la spécialiste, cette représentation ne correspond plus entièrement aux conditions actuelles de prise en charge.
Elle explique notamment que les traitements utilisés pour prévenir ou contrôler les nausées et les vomissements ont beaucoup progressé. Dans son service, assure-t-elle, de nombreux patients reçoivent aujourd’hui leur traitement sans présenter systématiquement les manifestations digestives autrefois fortement associées à la chimiothérapie. La tolérance reste toutefois variable d’un protocole et d’un patient à l’autre.
La chute des cheveux peut, en revanche, survenir avec certains traitements et reste une épreuve particulièrement redoutée par les femmes. La Pr Seghier rappelle qu’elle est généralement temporaire lorsque la chimiothérapie en est la cause et qu’une repousse survient après l’arrêt du traitement. Au-delà de l’aspect médical, elle souligne également le poids du regard de l’entourage et l’importance d’accompagner les patientes pendant cette période.
Son intervention permet aussi de rappeler que la prise en charge du cancer du sein ne se résume plus à la seule chimiothérapie. Selon les caractéristiques de la maladie, plusieurs stratégies thérapeutiques peuvent être utilisées et adaptées à chaque situation, notamment les traitements ciblés et d’autres formes de prise en charge oncologique.
Pour la Pr Seghier, l’enjeu est donc aussi de corriger l’image que conserve une partie de la population du cancer et de ses traitements. Informer ne consiste pas à banaliser la maladie ni à promettre un parcours sans difficultés, mais à expliquer que les possibilités de traitement ont évolué et que le moment du diagnostic reste déterminant.
C’est dans cette logique que s’inscrivent les journées organisées à la Maison de la presse Tahar-Djaout. En s’adressant directement aux femmes journalistes et aux travailleuses de la communication, l’initiative cherche à conjuguer dépistage et sensibilisation, tout en faisant des médias un relais vers un public plus large.
Au terme de son intervention, la Pr Fatma Seghier revient ainsi à l’essentiel : combattre la peur qui pousse encore certaines femmes à repousser le dépistage. Car lorsque le cancer du sein est découvert tôt, les chances de guérison sont plus importantes et la prise en charge peut être sensiblement différente de celle d’une maladie diagnostiquée tardivement.
Tinhinane B
