Une avancée majeure dans la compréhension de la maladie d’Alzheimer pourrait ouvrir la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques. Dans une étude publiée dans la revue Cell Chemical Biology, des chercheurs ont identifié un mécanisme moléculaire qui semble jouer un rôle déterminant dans l’inflammation chronique du cerveau, l’un des principaux moteurs de la progression de la maladie.
Si les dépôts de protéines amyloïdes et tau demeurent les marqueurs les plus connus de la maladie d’Alzheimer, les scientifiques s’intéressent de plus en plus à la neuroinflammation, désormais considérée comme un acteur central de la dégénérescence cérébrale. La nouvelle étude met en lumière le rôle d’une protéine du système immunitaire inné appelée STING (Stimulator of Interferon Genes), véritable sentinelle chargée de détecter les signaux de danger au sein des cellules.
Les chercheurs ont découvert que, dans le cerveau atteint par la maladie d’Alzheimer, cette protéine subit une modification chimique spécifique appelée « S-nitrosylation », provoquée par l’accumulation de molécules réactives issues du stress oxydatif. Cette altération agit comme un interrupteur biologique qui dérègle la fonction normale de STING et déclenche une cascade de réactions inflammatoires.
Grâce à des analyses de tissus cérébraux humains, à des expériences réalisées sur des cellules immunitaires et à des modèles animaux de la maladie, l’équipe a montré que cette modification se produit sur un site précis de la protéine, la cystéine 148. Une fois modifiée, STING favorise une production excessive de molécules inflammatoires, notamment des interférons de type I, entraînant un état d’inflammation persistante au sein du cerveau.
Cette réaction immunitaire excessive n’est pas sans conséquence. Selon les auteurs, elle contribue directement à la détérioration des synapses, ces connexions essentielles qui permettent aux neurones de communiquer entre eux. Or, la perte progressive de ces connexions est étroitement liée au déclin de la mémoire et des fonctions cognitives observé chez les personnes atteintes d’Alzheimer.
L’un des résultats les plus prometteurs de l’étude réside dans les expériences menées chez la souris. En empêchant cette modification de STING, les chercheurs ont observé une diminution significative de l’inflammation cérébrale ainsi qu’une meilleure préservation des synapses. Ces données suggèrent qu’il pourrait être possible de ralentir les dommages neuronaux en ciblant spécifiquement ce mécanisme moléculaire.
Au-delà de la maladie d’Alzheimer, cette découverte renforce l’idée que le stress oxydatif et les dérèglements du système immunitaire sont étroitement liés dans de nombreuses maladies neurodégénératives. Elle apporte également une explication biologique à la façon dont les mécanismes de défense de l’organisme, censés protéger le cerveau, peuvent finir par contribuer à sa destruction lorsqu’ils deviennent incontrôlés.
Pour les chercheurs, la protéine STING représente désormais une cible thérapeutique particulièrement attractive. Plutôt que de bloquer globalement la réponse immunitaire, une approche souvent associée à des effets indésirables importants, il serait envisageable de neutraliser uniquement la modification pathologique responsable de l’inflammation excessive. Une stratégie qui pourrait permettre de préserver les fonctions protectrices du système immunitaire tout en limitant les dommages causés aux neurones.
Alors que plus de 55 millions de personnes vivent aujourd’hui avec une démence dans le monde, dont la majorité souffrent de la maladie d’Alzheimer, cette découverte ouvre une nouvelle piste de recherche dans la quête de traitements capables non seulement de soulager les symptômes, mais aussi de ralentir l’évolution même de la maladie.
Ouiza Lataman
