Incidentalomes surrénaliens : le cortisol peut évoluer avec le temps et peser sur la santé cardiovasculaire

Souvent découvertes par hasard lors d’un scanner, les masses bénignes des glandes surrénales sont longtemps restées considérées comme relativement stables lorsqu’elles ne provoquent pas de symptômes. Une étude publiée dans The Lancet Diabetes & Endocrinology montre pourtant que leur activité hormonale peut changer au fil des années, avec des conséquences possibles sur la tension artérielle et le risque cardiométabolique.

Les glandes surrénales, situées au-dessus des reins, produisent plusieurs hormones essentielles, dont le cortisol. Il arrive qu’un scanner ou une IRM réalisé pour une autre raison révèle une petite masse sur l’une de ces glandes. On parle alors d’« incidentalome surrénalien ». La plupart sont bénins, mais certains peuvent produire un excès modéré de cortisol sans entraîner les signes spectaculaires du syndrome de Cushing.

C’est précisément cette situation que des chercheurs ont voulu suivre dans le temps. Leur étude rétrospective a porté sur 2 525 adultes pris en charge dans 25 centres de 14 pays, tous porteurs d’un incidentalome surrénalien bénin et ayant bénéficié de plusieurs évaluations hormonales. Le suivi médian approchait sept ans.

Les résultats montrent que l’activité hormonale de ces masses n’est pas toujours figée. Chez 563 patients, soit 22,3 % des participants, le profil de sécrétion du cortisol a suffisamment changé au cours du suivi pour modifier leur classification hormonale. Ces variations survenaient le plus souvent dans les premières années.

Pour mesurer cette activité, les médecins utilisent notamment un test de freinage à la dexaméthasone. Chez une personne dont le système hormonal fonctionne normalement, ce médicament doit fortement réduire la production de cortisol. Lorsque le cortisol reste anormalement élevé après le test, cela peut révéler une « sécrétion autonome légère de cortisol », c’est-à-dire une production excessive mais relativement discrète.

L’étude montre surtout que la persistance de cette anomalie n’est pas anodine. Les patients chez lesquels l’excès de cortisol se maintenait au fil du temps présentaient davantage de troubles cardiométaboliques. Ils avaient notamment un risque d’aggravation de l’hypertension artérielle supérieur de 34 % à celui des personnes dont les tests hormonaux demeuraient normaux, après prise en compte de plusieurs facteurs susceptibles d’influencer le résultat.

Les chercheurs se montrent en revanche plus prudents concernant les complications les plus graves. Une production plus importante ou persistante de cortisol semblait, dans les premières analyses, associée à davantage d’événements cardiovasculaires et à une survie plus courte. Mais ces différences perdaient leur caractère statistiquement significatif une fois pris en compte l’âge et les autres facteurs de risque cardiovasculaire.

L’étude ne permet donc pas d’affirmer qu’un léger excès de cortisol provoque directement davantage d’infarctus, d’accidents vasculaires cérébraux ou de décès. Elle indique en revanche que les patients présentant durablement cette anomalie hormonale constituent une population qui mérite une surveillance particulière, notamment de la pression artérielle, du diabète, du poids et des autres facteurs de risque cardiovasculaire.

Ces données pourraient également relancer le débat sur la fréquence des contrôles hormonaux. Lorsque le bilan initial est normal, les recommandations ne prévoient pas toujours de répéter systématiquement les tests en l’absence de nouveaux signes cliniques. Or le constat d’une évolution hormonale chez plus d’un patient sur cinq suggère que le fonctionnement d’un incidentalome ne peut pas forcément être considéré comme définitivement établi lors du premier bilan.

Les auteurs soulignent toutefois que leur étude est rétrospective et ne suffit pas à démontrer qu’un suivi hormonal répété chez tous les patients améliorerait leur état de santé. Des études prospectives seront nécessaires pour identifier les personnes qui bénéficieraient réellement d’une surveillance plus rapprochée.

Pour les patients, le principal enseignement est donc rassurant mais appelle à la vigilance : la découverte d’une masse surrénalienne bénigne ne signifie pas automatiquement qu’elle deviendra dangereuse, mais son activité hormonale peut évoluer avec le temps. Le suivi ne repose ainsi pas uniquement sur l’image de la tumeur, mais aussi sur l’évolution de la tension artérielle, du métabolisme et, lorsque cela est justifié, du cortisol.

Ouiza Lataman

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