Alzheimer : une nouvelle piste scientifique pour comprendre le point de départ de la maladie

Pourquoi la maladie d’Alzheimer frappe-t-elle d’abord le cortex entorhinal, cette petite région du cerveau qui relie souvenirs et orientation ? Une équipe de chercheurs américains, à l’Institut Fralin Biomedical de Virginia Tech, vient de livrer une réponse inédite : la clé se trouverait dans un effondrement énergétique causé par une surcharge de calcium dans les mitochondries, ces centrales vitales des neurones.

Le cortex entorhinal est une sorte de carrefour cérébral, reliant mémoire et espace. C’est lui qui nous permet de retrouver notre chemin dans une ville ou de situer nos souvenirs dans le temps. Or, c’est aussi cette région qui devient la première victime silencieuse d’Alzheimer. Les expériences menées sur des modèles animaux montrent que les mitochondries des synapses y subissent une pression excessive, s’épuisent et cessent d’assurer correctement la transmission des signaux nerveux. Ce dérèglement invisible prépare le terrain aux pertes de mémoire et à la désorientation.

Pour la première fois, les chercheurs ont pu mesurer ces signaux calciques anormalement puissants grâce à de simples microscopes optiques. Cette découverte est cruciale : elle révèle que les altérations biologiques débutent bien avant l’apparition des symptômes. Si ces signaux pouvaient être détectés chez l’être humain, cela ouvrirait la voie à une médecine préventive capable d’intervenir avant l’installation du déclin cognitif.

L’étude avance aussi de nouvelles stratégies thérapeutiques : protéger les mitochondries, réguler le flux de calcium et renforcer la résilience énergétique des neurones. Autant de pistes qui permettraient de traiter la maladie dans ses premières heures, et non une fois que les souvenirs se sont effacés.

Cette avancée survient dans un contexte alarmant. Selon l’Organisation mondiale de la santé, plus de 55 millions de personnes vivent aujourd’hui avec une démence, dont la majorité liée à Alzheimer. Chaque année, près de 10 millions de nouveaux cas sont recensés. Le coût mondial de la maladie est estimé à plus de 1 300 milliards de dollars, un fardeau économique et social colossal.

Face à cette réalité, comprendre le premier maillon faible du cerveau représente un espoir immense. Alzheimer n’apparaîtrait pas comme une fatalité soudaine, mais comme une fragilité localisée qui se propage pas à pas. Et c’est peut-être dans le silence microscopique du cortex entorhinal que se joue la première bataille contre l’oubli.

Nouhad Ourebzani

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