Le 7 avril 2026, une date loin d’être anodine, marque un tournant dans l’histoire du secteur pharmaceutique algérien. En coïncidant avec la Journée mondiale de la santé, l’inauguration officielle du réseau Saidalyat Saidal à partir de la wilaya d’Ouled Djellal s’inscrit dans une continuité historique : celle de la construction progressive d’un système national de distribution du médicament, pensé comme un levier de souveraineté sanitaire et de justice sociale.
Depuis les premières décennies post-indépendance, l’Algérie a fait du médicament un pilier de sa politique publique de santé. L’objectif était clair : garantir l’accès aux traitements sur l’ensemble du territoire, dans un pays marqué par de fortes disparités géographiques.
C’est dans ce contexte qu’ont émergé les premières structures publiques de distribution, dont l’entreprise ENDIMED (Entreprise nationale de distribution des médicaments), chargée d’assurer l’approvisionnement des officines et des structures de santé. Pendant des années, ce réseau a constitué l’épine dorsale de la diffusion pharmaceutique, notamment dans les zones éloignées où l’initiative privée restait limitée.
Cependant, avec les mutations économiques des années 1990 et 2000, marquées par l’ouverture du marché et la montée du secteur privé, ce modèle a progressivement perdu de sa centralité. Plusieurs officines publiques ont été laissées à l’abandon ou ont cessé leur activité, créant des zones de fragilité dans l’accès aux médicaments.
Créé en 1982, le Groupe Saidal s’est imposé comme le principal acteur public de l’industrie pharmaceutique en Algérie. D’abord centré sur la production, il élargit aujourd’hui son rôle à la distribution de proximité, dans une logique d’intégration verticale.
La relance des anciennes pharmacies ENDIMED sous l’enseigne Saidalyat Saidal s’inscrit ainsi dans une stratégie de reconquête. Il ne s’agit pas d’une simple réhabilitation d’actifs existants, mais d’une refonte profonde du concept de pharmacie publique.
Le lancement officiel, présidé par le ministre de l’Industrie pharmaceutique, le Dr Ouacim Kouidri, en présence du directeur général du Groupe Saidal, le Pr Mourad Belkhelfa, et des autorités locales, symbolise cette nouvelle étape : celle d’un retour affirmé de l’État dans la distribution directe du médicament.
Aujourd’hui, le réseau Saidalyat Saidal compte 829 officines réparties sur l’ensemble du territoire national. Il s’appuie sur neuf unités commerciales régionales, implantées dans des pôles stratégiques tels qu’Alger, Constantine, Oran ou encore Tizi Ouzou.
Ce maillage n’est pas le fruit du hasard. Il répond à une logique d’équité territoriale, visant à réduire les inégalités d’accès aux soins entre les grandes villes et les zones rurales, voire sahariennes. La réactivation progressive des officines inexploitées constitue, à cet égard, une priorité affichée.
Dans une perspective historique, cette démarche s’apparente à une réappropriation des missions originelles du service public pharmaceutique, adaptées aux réalités contemporaines : croissance démographique, transition épidémiologique et exigences accrues en matière de qualité de service.
L’une des principales ruptures introduites par Saidalyat Saidal réside dans la redéfinition du rôle de la pharmacie. Longtemps perçue comme un simple point de vente de médicaments, elle devient aujourd’hui un espace de santé à part entière.
Les nouvelles officines proposent, en plus de la délivrance de traitements, des services gratuits, des actions de prévention et un accompagnement personnalisé, notamment pour les patients atteints de maladies chroniques. Cette approche s’inscrit dans une évolution globale des systèmes de santé, où la prévention et l’éducation thérapeutique occupent une place croissante.
Sur le plan macroéconomique, le réseau Saidalyat Saidal représente également un outil stratégique pour le Groupe Saidal. En maîtrisant une partie de la chaîne de distribution, le groupe renforce sa capacité à réguler le marché et à garantir la disponibilité des médicaments, qu’ils soient issus de sa propre production ou d’autres laboratoires.
Cette intégration verticale répond à un enjeu crucial : réduire la dépendance aux importations et sécuriser l’approvisionnement national, notamment en période de tension sur les marchés internationaux.
La renaissance du réseau public de pharmacies à travers Saidalyat Saidal ne constitue pas une rupture, mais plutôt une continuité réinventée. Elle s’inscrit dans une longue tradition d’intervention de l’État dans le domaine de la santé, tout en intégrant les exigences d’efficacité, de proximité et de modernité.
À l’heure où les systèmes de santé sont confrontés à des défis multiples, cette initiative témoigne d’une volonté politique claire : faire du médicament non pas un simple produit marchand, mais un droit fondamental accessible à tous.
En réactivant un réseau longtemps délaissé et en lui insufflant une nouvelle dynamique, l’Algérie renoue ainsi avec une ambition ancienne, tout en traçant les contours d’un modèle pharmaceutique adapté aux enjeux du XXIe siècle.
Nora S.
