Le 13 janvier, une journée pour mieux reconnaître l’hypersensibilité

 

Longtemps caricaturée comme une faiblesse ou une émotivité excessive, l’hypersensibilité s’impose aujourd’hui comme un sujet de réflexion à part entière. Chaque 13 janvier, une Journée mondiale lui est consacrée afin de mieux faire connaître ce trait de personnalité encore largement mal compris, et surtout de déconstruire les préjugés qui l’entourent.

À l’origine de cette initiative, lancée en 2019, se trouve Saverio Tomasella, psychologue et chercheur. Son objectif était clair : sortir l’hypersensibilité du registre du jugement pour la replacer dans celui de la compréhension scientifique et humaine. Être hypersensible ne signifie pas être fragile ou incapable de gérer ses émotions, mais percevoir son environnement avec une intensité accrue. Les personnes concernées ressentent plus fortement les stimulations sensorielles, émotionnelles et relationnelles. Un bruit répétitif, une lumière agressive, une tension diffuse ou une parole apparemment anodine peuvent provoquer une réaction émotionnelle profonde et durable.

Les spécialistes estiment que 20 à 30 % de la population présenterait ce fonctionnement particulier, souvent sans en avoir conscience. Il ne s’agit ni d’une pathologie ni d’un trouble psychique, encore moins d’un phénomène genré. L’hypersensibilité repose sur un traitement plus fin et plus approfondi de l’information par le cerveau. Cette capacité à analyser, décoder et ressentir avec minutie favorise l’empathie, l’intuition et la compréhension des autres, mais peut devenir difficile à vivre dans une société qui valorise la rapidité, la performance et le contrôle émotionnel.

La reconnaissance de l’hypersensibilité s’inscrit plus largement dans l’évolution du regard porté sur la santé mentale. Cette notion, relativement récente à l’échelle de l’histoire, a émergé il y a environ deux siècles avec le développement de la psychiatrie et des premiers mouvements d’hygiène mentale au début du XXe siècle. En France, les grandes campagnes de sensibilisation autour du stress, de l’anxiété et du burn-out n’ont véritablement pris de l’ampleur qu’à partir des années 2010, dans un contexte où ces sujets restaient encore largement tabous.

La crise sanitaire liée à la Covid-19 a marqué un tournant majeur, révélant l’ampleur des troubles anxieux et dépressifs au sein de la population. En réponse, plusieurs dispositifs ont vu le jour, notamment des lignes d’écoute, un renforcement de l’offre de soutien psychologique et la prise en charge financière de certaines consultations. Le programme Mon Soutien Psy, mis en place depuis 2022, permet par exemple aux jeunes de 16 à 25 ans de bénéficier de consultations psychologiques sans avance de frais.

Dans ce contexte, la Journée mondiale de l’hypersensibilité trouve tout son sens. Elle complète la Journée mondiale de la santé mentale, célébrée chaque 10 octobre depuis 1992, en attirant l’attention sur des profils souvent invisibilisés. Le 13 janvier se veut avant tout un rappel à la bienveillance, à l’écoute et à la reconnaissance des différences. Comprendre l’hypersensibilité, c’est aussi contribuer à un climat social plus respectueux, où le bien-être psychique n’est pas une préoccupation ponctuelle, mais un engagement quotidien.

Nouhad Ourebzani

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