L’obésité s’impose aujourd’hui comme l’un des défis sanitaires majeurs en Algérie. Longtemps perçue comme un problème individuel lié au mode de vie, elle est désormais reconnue comme une maladie chronique aux répercussions lourdes sur la santé publique et sur l’économie nationale. Les données disponibles confirment une progression constante du phénomène, aussi bien chez les adultes que chez les enfants.
Selon les estimations les plus récentes issues des bases de données internationales de santé publique, environ 23 % des adultes algériens vivent avec une obésité, tandis que plus de 50 % présentent un excès de poids (surpoids inclus). La prévalence est nettement plus élevée chez les femmes, où elle dépasse les 30 %, contre environ 15 à 18 % chez les hommes selon les études nationales et régionales. Cette disparité s’explique par des facteurs socioculturels, hormonaux et liés au mode de vie.
La situation est tout aussi préoccupante chez les plus jeunes. Chez les enfants de moins de cinq ans, près de 12 % sont en surpoids, un chiffre supérieur à la moyenne mondiale pour cette tranche d’âge. En milieu scolaire, différentes enquêtes ont montré que le surpoids et l’obésité peuvent concerner entre 15 et 20 % des élèves selon les régions, témoignant d’une transition nutritionnelle rapide marquée par une alimentation plus riche en sucres, en graisses et en produits transformés, combinée à une baisse de l’activité physique.
Cette évolution s’inscrit dans une dynamique observée depuis les années 1990. À cette époque, les taux d’obésité étaient nettement plus faibles. L’urbanisation accélérée, la généralisation des modes de transport motorisés, la réduction de l’activité physique quotidienne et la modification des habitudes alimentaires ont profondément transformé le profil épidémiologique du pays.
Les conséquences sanitaires sont majeures. L’obésité constitue un facteur de risque déterminant pour le diabète de type 2, l’hypertension artérielle, les maladies cardiovasculaires et certains cancers. En Algérie, la prévalence du diabète chez l’adulte est estimée autour de 10 à 14 %, et une part importante de ces cas est associée à un excès pondéral. Cette « diabésité » représente un fardeau croissant pour le système de santé, tant en termes de coûts que de complications à long terme.
Face à cette situation, les pouvoirs publics ont progressivement renforcé leur stratégie de lutte contre les maladies non transmissibles. Des campagnes de sensibilisation ont été menées ces dernières années pour promouvoir une alimentation équilibrée et encourager l’activité physique, notamment en milieu scolaire. Des programmes de prévention ciblant les jeunes et les familles ont également été mis en place afin de freiner l’installation précoce de l’excès pondéral.
Un tournant important a été franchi ce 3 mars 2026, avec l’annonce officielle du Guide national de prise en charge de l’obésité. Ce document stratégique vise à structurer et harmoniser la réponse sanitaire à l’échelle nationale. Il propose un cadre de référence pour le dépistage précoce, l’évaluation du risque métabolique, la prise en charge nutritionnelle, l’accompagnement psychologique et, lorsque nécessaire, les traitements médicamenteux ou chirurgicaux.
L’objectif affiché est double : améliorer la qualité des soins pour les personnes déjà atteintes et renforcer la prévention afin d’enrayer la progression du phénomène. Le guide insiste sur une approche multidisciplinaire impliquant médecins généralistes, spécialistes, nutritionnistes, psychologues et professionnels de santé communautaires. Il met également l’accent sur l’éducation thérapeutique du patient et sur l’importance d’un suivi à long terme.
Cette initiative traduit une reconnaissance institutionnelle claire de l’obésité comme priorité de santé publique. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre les maladies chroniques non transmissibles, qui représentent désormais une part dominante de la morbidité et de la mortalité dans le pays.
Le défi reste toutefois considérable. La réussite de cette politique dépendra de sa mise en œuvre effective sur le terrain : formation des professionnels de santé, disponibilité des structures spécialisées, accès équitable aux soins et mobilisation de l’ensemble des secteurs concernés, y compris l’éducation, le sport et l’aménagement urbain.
À travers ce nouveau cadre national, l’Algérie affiche sa volonté de passer d’une approche fragmentée à une stratégie intégrée et structurée. Mais au-delà des textes, l’enjeu sera de transformer durablement les comportements et de freiner une courbe qui, depuis plus de deux décennies, ne cesse de progresser.
Nouhad Ourebzani
